LE RELEVÉ AU MARTEAU FEUILLAGES STYLISÉS

Nous avons fait avec quelque détail une étude du relevé au marteau et de la description de l'outillage; nous avons passé successivement de l'étude d'une feuille découpée à plat aux différentes stylisations des fleurs et des feuilles. Nous sommes amenés tout naturellement, après avoir étudié séparément chacune des parties ornementales tirées de la nature, à consacrer un chapitre à un essai de composition dont les éléments sont tout entiers pris dans la plante.
On nous permettra, avant d'entrer dans notre sujet et de faire voir comment, en s'inspirant de la branche naturelle représentée à la figure 1, on est arrivé à la conception de la figure 2, on nous permettra, dis-je, un court préambule, dans lequel nous nous efforcerons d'attirer l'attention des ferronniers sur certains non-sens auxquels quelques-uns se laissent trop facilement entraîner. Car il arrive fréquemment que celui qui fait une composition de fer forgé s'égare et, au lieu de suivre le chemin naturel, fait des soubresauts, revient sur lui-même et embrouille par conséquent le dessin. Avec un peu d'attention, ces erreurs peuvent être évitées. Il faut admettre en principe que tous les éléments qui servent à la composition ornementale du fer forgé doivent être puisés dans la flore. Et ceci est très logique,
car le fer se travaille en longues barres de différentes dimensions, rondes ou carrées, et jamais ne se présente sous des masses larges et étendues. L'interprétation directe de la nature s'impose donc pour le fer forgé. Quels pourraient être, en effet, les autres éléments à étudier?
De même que la nature a ses lois immuables et dirige la croissance des plantes toujours selon les mêmes lois, l'artiste lui aussi doit se soumettre aux mêmes principes.
Les branches d'un arbre suivent la direction du tronc, c'est-à-dire poussent de haut en bas; les différents rameaux à leur tour donnent naissance aux feuilles et aux fleurs, qui s'élancent toutes dans la même direction. Le tout est en équilibre parfait et ne choque jamais le regard par des anomalies ou des contresens, ce qui indique qu'en décoration architecturale tout ornement formant rinceau ou volute doit avoir un point de départ et une direction qu'il faudra toujours suivre. Pour bien faire comprendre notre pensée, nous, avons représenté sur notre figure 3 un rinceau avec un point de départ identique à celui de la figure 2, et sur lequel prennent naissance les différents rinceaux, mais qui se dirigent à contresens. Il en est de même des feuilles qui sont disposées absolument au hasard.
Nous croyons devoir insister sur ce point, car, de nos jours, où l'on se soucie fort peu de respecter les principes établis et parfaitement en accord avec les règles de l'esthétique, de pareilles erreurs se rencontrent très souvent, alors que dans les ornementations anciennes, ces fautes de composition se voient rarement.

La figure 1 représente une branche naturelle de la plante appelée concombre ; à droite et à gauche de cette branche est dessinée, avec plus de détail, la fleur sous ses deux aspects au moment où elle est dans tout son éclat et quand elle se gonfle par la base, perd ses pétales et donne naissance au fruit. Cette plante présente des éléments assez variés et assez divers pour qu'en interprétant heureusement chacune de ses parties, on puisse obtenir toute l'ornementation qui se trouve dans le balcon de la figure 2.

 De la branche centrale, sur laquelle prennent naissance les feuilles, les fleurs et les fruits, partent des sortes d'excroissances, appelées brindilles, longues tiges fines et arrondies, qui s'enroulent en spirale et fournissent un sujet de plus à interpréter. Ce genre d'ornement est, on le remarquera du reste, fort souvent employé par les ferronniers. La fleur, très élégante de forme, rappelle dans ses lignes générales la fleur de lys et fournit également un motif intéressant.
Dans le balcon représenté à la figure 2, on remarquera que tous les ornements frises, motif central et remplissage sont dérivés des différentes parties de la branche de la figure 1.
  Le centre de la composition, formé par des volutes appelées C ou anses de panier, est occupé par cinq motifs, s'échappant du culot central, inspirés par la fleur fermée, non encore en plein épanouissement. A leur point de contact supérieur, les deux volutes sont surmontées d'un motif tiré du fruit mûr. Le médaillon est entouré d'une branche composée des feuilles du concombre, entre lesquelles on a intercalé deux petits rinceaux, qui servent de point d'appui pour la fixation entre elles des différentes pièces du motif central. La frise supérieure qui court tout le long du balcon est conçue avec les mêmes éléments que la branche dont nous venons de parler.
Quant au remplissage, auquel nous avons exactement appliqué les règles que nous avons exposées pour la direction des différents motifs qui s'échappent de la branche principale, il est tout entier composé par les diverses parties de la fleur du concombre stylisée. Nous y retrouvons la fleur épanouie, la fleur naissante, de laquelle s'échappent des brindilles, et la fleur au moment où elle va donner naissance au fruit.
Il ressort donc, en examinant attentivement cette composition qui nous a servi d'exemple, que les éléments seuls d'une plante, bien étudiés, coordonnés avec bon sens et selon les principes indiqués, peuvent servir à faire de l'ornementation, et cela sans demander aux styles anciens des modèles. L'interprétation d'une plante, habilement dirigée, fournit toujours des effets très différents et ayant tout leur charme propre, suivant le tempérament et l'éducation des artistes. Il est à souhaiter que la fleur stylisée se répande toujours davantage. . . .

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