LE REPOUSSÉ AU MARTEAU (Suite 3)

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                       Le repoussé et le relevé au marteau
                       Outils pour le repoussé au marteau

Nous avons, dans nos précédents numéros, fait un rapide exposé de la façon dont devait être compris le repoussé au marteau dans la fabrication des ornements, fleurs ou fruits, culots, etc. Après avoir donné la nomenclature des divers outils employés, nous avons étudié la découpe à plat, puis le repoussé lui-même, et enfin nous avons donné quelques modèles assez simples sur lesquels il est facile d'appliquer les principes énoncés. Beaucoup de détails d'exécution restent encore à apprendre pour arriver à une connaissance aussi parfaite que possible de celte délicate partie de notre métier de ferronnier. Aussi croyons-nous rendre service à nos jeunes confrères en insistant encore sur l'emploi de différents outils, pour arriver à certaines finesses. Nous allons donc prendre un nouveau sujet d'étude plus compliqué, dont l'application sérieusement faite peut conduire à des résultats appréciables et permettra d'entreprendre des travaux d'une certaine délicatesse.
Culot en tôle repoussée
Détails   d'exécution

Notre sujet d'étude comporte, comme le représente la figure 1, un culot à quatre faces, modelé de tous côtés. La figure 2 nous donne la moitié de la découpe à plat. Les procédés d'exécution pour le modelage et le planage sont ceux que nous avons déjà exposés. Nous dirons même qu'il est plus facile de tourner un culot à quatre feuilles qu'un culot à deux feuilles; mais il faut toujours que chacune des quatre faces soit complètement terminée avant que de tourner le culot pour arriver à son état définitif.
La figure 3 présente une sorte d'état intermédiaire, le culot en applique, c'est-à-dire assemblé en deux parties. Il y a évidemment des cas qui obligent à l'obtenir ainsi. Les refends qui sont en saillie sur le contour ne peuvent s'obtenir qu'en deux parties. La difficulté dans l'exécution se trouve ainsi de beaucoup diminuée. Les ornemanistes des XVII° et XVII° siècles procédaient presque toujours ainsi; les ornements étaient rapportés en applique sur les volutes. La figure 4 donne la découpe à plat de ce genre de culot.
Nous profiterons de cette étude pour faire comprendre le maniement de la tranche et donner un aperçu du travail qu'on en peut obtenir. Cet outil, qui sert à profiler les côtes des feuilles, joue un grand rôle dans le relevage au marteau. Pour la description de cet outil, nous prions les lecteurs de se reporter à la nomenclature des différents  outils de relevage, que nous avons faite précédemment.
La figure 5 nous donne une vue d'ensemble de la tranche prise dans l'étau, sur laquelle on place la feuille à modeler. Pour bien faire comprendre la partie délicate de l'emploi de cet outil, nous avons représenté sur la figure les positions que doivent avoir, les uns par rapport aux autres, le marteau, la feuille du métal et la tranche. On remarquera que la tranche et le bec du marteau ne se trouvent pas sur la même verticale, ce qui explique qu'en frappant avec le marteau, comme nous l'indiquons sur la figure, une partie de la tôle descend et l'autre remonte, afin de donner plus de netteté aux côtes. La main gauche qui maintient la tôle sur l'outil doit disposer de l'index pour servir de guide sous la tôle et contre la tranche, afin de bien préciser l'endroit où doit être donné le coup de marteau, qui, maladroitement appliqué, pourrait faire couper la tôle.
Ces simples indications suffisent à faire voir qu'il n'est pas très aisé pour un débutant de se servir de la tranche; ce n'est qu'après une longue expérience qu'on peut se rendre maître de cet outil qui est indispensable et sert à obtenir certaines lignes avec une assez grande souplesse.

GRILLE D'ASCENSEUR EN FER FORGÉ

Si les progrès dé la science nous ont enlevé de par la fabrication mécanique une grande partie de nos travaux, elle peut aussi, dans les inventions qui contribuent à restreindre nos fatigues de plus en plus grandes et plus nombreuses, amener des sujets de décoration où le fer forgé aura de multiples occasions d'être mis à contribution. Je veux parler des ascenseurs et des grilles qui devront, à chaque étage de nos grandes casernes, en défendre l'entrée pour éviter les accidents. Au rez-de-chaussée de chaque maison, nous verrons bientôt apparaître, à côté de la rampe de l'escalier, ce que l'on appelle la grille de l'ascenseur qui, suivant la place qui lui sera réservée par l'architecte, pourra contribuer à embellir le vestibule; il est certain que dans beaucoup de maisons anciennes, dont la cage d'escalier n'a pas été aménagée pour recevoir un ascenseur, il ne sera guère possible d'en construire un sans obtenir un effet disgracieux. Le grand défaut qui se présente au point de vue de l'esthétique, dans ce nouveau moyen de locomotion, est celui que l'on peut également relever dans toutes les conceptions mécaniques et purement utilitaires, c'est celui de ne pas faire corps avec la construction elle-même et d'avoir été jeté par hasard dans un milieu architectural qu'il dépare. Il serait à souhaiter que le centre de la maison, réservé aux locataires pour gravir les étages, comprît une distribution plus raisonnée, en même temps que plus ornementale.
Grille d'ascenseur en fer forgé

En particulier, la grille d'ascenseur ne doit pas être une simple clôture composée de barreaux de fer, plantée au milieu du vestibule. Par la gracilité de ses formes et l'harmonieuse disposition de ses motifs d'ornementation, cette grille doit paraître gaie et ne peut ressembler à la porte d'une cellule qui se referme sur le visiteur, comme une porte de prison sur un malfaiteur. La grille d'ascenseur qui fera le sujet de cette étude, nous paraît être un des plus gracieux modèles qui aient déjà été faits.
L'auteur, M. Miroux, a été fort bien inspiré. L'aspect général de sa grille, tout en paraissant très simple, est d'une belle élégance; la grande légèreté de l'ornementation et la sobriété des motifs donnent un charme tout particulier à son oeuvre. Le plus grand compliment qu'on puisse faire à ce jeune artiste, c'est de lui dire que son dessin est bien personnel et ne relève d'aucun style ancien. Je pourrais peut-être
affirmer qu'il a subi des influences comme celles de l'architecte belge, M. Horta, ou plus directement encore celles de M. Guimard. Mais il a su dégager des principes nouveaux, que ces deux artistes cherchent à vulgariser, une manière qui lui est bien propre et qui me paraît plus charmeuse et surtout plus française. Il ne s'est pas contenté, en effet, de restreindre son ornementation à l'enchevêtrement de lignes courbes, divisant le plan du décor en surfaces aux contours étranges. Ses lignes sont pour ainsi dire assagies, tout en produisant un effet très nouveau et original. Ces lignes, qui ne relèvent d'aucune architecture, ne paraissent pas trop nerveuses, et ont une apparence assez calme. La courbe qui prend naissance dans le bas de la porte, pour se terminer par une courbe régulièrement arrondie dans sa partie supérieure, est une jolie trouvaille.
Les deux montants extrêmes se terminent chacun par une gerbe de fleurs, disposées par l'artiste, de sorte qu'elles puissent supporter des lampes électriques. L'ensemble du projet, au point de vue artistique, est donc d'une bonne venue; il a, en outre, le mérite d'avoir été conçu de telle sorte que l'exécution en fer forgé en soit très facile, remarque qu'il est très juste défaire, car bien souvent un artiste, et surtout
les jeunes élèves des écoles, laissant aller leur imagination,: crayonnent des projets qui sont de jolis petits tableaux, mais qui ne sont pas conçus en vue de l'exécution et qui doivent être retouchés pour être réalisables.
Pour conserver a la grille toute sa légèreté, les fleurs et les feuilles doivent être en fer forgé, étirées dans la masse et non rapportées au moyen de rivures. La reproduction donne le dessin de détail de ces feuilles, fleurs et graines. Toutes les parties préparées et mises en place, il ne restera plus que le montage, qui représente peu de travail et est fort peu compliqué. Pour permettre de construire facilement cette grille, nous avons également désigné dans une légende les dimensions de tous les fers. Il sera donc très aisé, avec tous ces éléments, de faire une grille d'aspect nouveau, d'architecture très simple, et qui remplira parfaitement le rôle auquel elle est destinée.
Grille d'ascenseur en fer forgé.
Composition de M. MIROU élève de l'École nationale des Arts décoratifs.
Élévation et détails d'exécution.

LE REPOUSSÉ AU MARTEAU (Suite 2)

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                       Outils pour le repoussé au marteau

Après avoir étudié les différentes feuilles employées dans l'ornementation du fer forgé, nous croyons devoir encore insister sur certains détails de construction, afin de bien faire comprendre comment on peut arriver, même dans les modèles les plus simples, à une certaine perfection; perfection qui ne peut s'obtenir que grâce à une grande habileté de main, jointe à l'observation de certains principes que nous avons déjà exposés et sur lesquels nous nous permettrons de revenir, en donnant un nouvel exemple d'exécution d'une feuille tournée en culot.
Prenons encore comme modèle la feuille d'eau, dont nous avons étudié la découpe à plat dans notre précédent numéro. Elle nous servira d'ornement pour l'exécution du culot que représente la figure 1. Ce culot se compose d'une feuille d'eau fixée sur une boule terminée par une queue de cochon, de deux volutes très simples réunies par un collier, entre lesquelles prend naissance une graine qui forme l'extrémité du culot.

 Culots en tôle repoussée.—Détails d'exécution

 La figure 2 nous donne la forme que doit prendre la lame de fer employée à la découpe à plat de la feuille d'eau. La figure 3 nous montre la feuille modelée et prête à être tournée pour former le culot supérieur. Pour obtenir ce premier état, il n'y a aucune difficulté; on procède suivant les indications que nous avons données en détail dans notre dernier numéro. Le travail difficile consiste à ramener les deux parties symétriques de la feuille autour de sa partie centrale pour obtenir la forme définitive, telle qu'elle est représentée sur la figure 1.
Pour arriver au résultat désiré, on place le feuillage sur un tas en plomb et on frappe dans la partie centrale avec un marteau à boule ronde, comme il est indiqué sur la figure 6. En procédant ainsi, il se produit inévitablement une sorte de pli dans la partie évidée du métal; c'est ce que nous appelons, en terme de métier, un œil, qu'il faut bien entendu faire disparaître. C'est une petite difficulté à vaincre et qui se présente surtout lorsque le culot est assez profond, comme dans le cas qui nous occupe. Il faut, pour obtenir un culot parfait, marteler le métal sur toutes les faces afin d'obtenir une cavité aussi régulière que possible. Plus souvent aussi, on fait le culot en deux parties, que l'on soude ensuite; mais quand le travail se trouve enlevé et martelé d'une seule pièce, il est beaucoup plus intéressant.
Dans notre figure 1, nous avons un deuxième culot, qui offre moins de difficulté dans son exécution que le premier, vu son peu de hauteur. Il est bon cependant, lorsque l'on a obtenu la découpe de la figure 4, de lui imprimer la première forme de la figure 5, et de terminer les côtes et le modelé avant que de chercher à le ramener à sa forme définitive. On se sert du marteau à boule ronde et du tas en plomb, comme dans le cas précédent. La pureté du contour s'obtient au moyen du planage, sur un tas rond.
A propos du planage, nous ferons remarquer, pour les débutants, qu'il faut s'appliquer à donner tous les coups de marteau sur une même ligne de façon à gagner du métal et à obtenir, avec un morceau de fer de dimensions données, un ornement de surface plus étendue; ou plutôt en procédant ainsi, on arrive à travailler le fer, comme un métal élastique. Les détails peuvent être plus nombreux, et, par la souplesse du coup de marteau, on arrive à plus d'élégance. Au point de vue du coup d'œil, nous trouvons qu'il est préférable de laisser paraître, dans une juste mesure, bien entendu, tous les coups de marteau en les étalant bien sur les parties modelées, plutôt que de les effacer en polissant le métal et en le rendant brillant. C'est là une des ressources de notre métier, qui donne un charme tout particulier à certains travaux d'ornementation. Mais ce n'est qu'après une longue pratique, que l'on peut se permettre ces délicatesses de métier.

LUSTRE EN FER FORGÉ POUR ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE

Ce lustre se compose de quatre branches principales, disposées symétriquement autour d'un montant central; chacune d'elles se termine par des bouquets de trois lampes à l'extrémité supérieure et de sept lampes à l'extrémité inférieure; le nombre total des lumières est donc de quarante.
 
 Lustre en fer forgé.

 La hauteur de ce lustre est de 1m3o, et le diamètre du cercle extérieur est de 1 mètre. La projection horizontale des deux circonférences concentriques, autour desquelles sont disposées les ampoules électriques, est reproduite
sur la figure 1 ; les lumières sont groupées en B, C et D. Le cercle supérieur sur lequel viennent se réunir les quatre branches du lustre est projeté en E.
Les quatre rayons ou traverses sont en fer creux et recouverts d'une fourrure mobile qui permet de placer sans difficulté les fils. L'un d'eux est figuré en F. Le cercle E est également creux, comme l'indique la coupe G; c'est à l'intérieur de ce cercle que passent les fils qui doivent alimenter les lampes B et C. Les quatre rayons F sont fixés, à l'une de leurs extrémités, à la tige centrale, sur une embase moulurée et profilée suivant la figure 2, et, à l'autre extrémité, sur l'embase dont la coupe est dessinée en H.
La place occupée par les fils est indiquée sur le rayon par deux traits noirs et sur la coupe de l'embase par deux cercles également noirs. En I est dessiné le plan de l'embase qui se trouve à l'extrémité de chacune des branches principales représentées par la figure 3. Ces branches prennent naissance sur le montant central ou axe du lustre; elles sont reliées entre elles par l'embase K.
Leur décoration se compose à leurs extrémités inférieures de deux feuilles soudées à une graine, contournant un bouton en torsade qui termine le lustre; trois autres feuilles sont disposées le long de l'arc que chacune d'elles décrit. A l'extrémité qui s'appuie sur le cercle extérieur, les branches prennent la forme d'une crosse et donnent naissance à trois bouquets renfermant les ampoules électriques.
Ces branches sont fixées et ajustées sur l'embase I par des pattes coudées en équerre et au moyen de vis à métaux, comme nous l'indiquons sur la figure L. Les fils des trois lampes passent dans les tubes dessinés en M. Chaque ampoule est enveloppée par quatre feuilles soudées sur le tube, comme on peut s'en rendre compte sur notre figure N.
Les branches principales et les motifs de la frise qui court tout autour du lustre se relient sur des montants secondaires par des embases; celles-ci sont garnies de fleurons dont nous donnons la reproduction sur la figure 5.
Ces branches qui donnent naissance aux fleurs renfermant les ampoules de la partie supérieure du lustre se réunissent au sommet de celui-ci, sur une embase en forme de chapiteau. Ce dernier est surmonté d'un fleuron dont nous donnons les détails d'exécution en Q, R, S, T. Les feuilles qui le composent doivent être embouties dans leur forme définitive avant d'être soudées sur la tige centrale. Lorsque la soudure a été faite, les unes sont relevées pour former le culot de la figure A et les autres sont ramenées à leur place suivant le dessin S.
Les quatre branches principales sont réunies au montant central par des consoles ornées de fleurs, dont l'une est représentée sur la figure 9. Le détail d'exécution des fleurs de cette partie du lustre est dessiné en U.
Immédiatement au-dessus de ces consoles se trouvent les chimères, de la gueule desquelles s'échappent les lumières supérieures. Elles passent entre deux motifs en forme de trèfles et font suite aux branches qui portent le chapiteau. Les fils électriques partent de l'embase supérieure, traversent l'embase qui se trouve immédiatement au-dessous de la chimère et suivent le contour de la volute, pour aboutir enfin aux trois ampoules. Le passage de ces- fils a lieu dans des tubes analogues à ceux de la figure M.
Le plan de l'embase qui se trouve au-dessous du fleuron est figuré en Y. Les coupes de tous les fers employés à la construction de ce lustre sont représentées en Z. Le parcours des fils est indiqué sur la figure 12.

LE REPOUSSE AU MARTEAU (suite)

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                      Outils pour le repoussé au marteau

L'ornement dont nous allons étudier les différentes phases de transformation est ce que l'on appelle, en terme de métier, la feuille d'eau. Elle est très variée dans ses formes et son modèle; nous la prendrons enroulée sur elle-même, affectant le dessin d'une volute très contournée.


La figure 2 représente la feuille de tôle, de 12 dixièmes de millimètre d'épaisseur, découpée à plat. Le premier travail consiste à obtenir la naissance de la feuille dont la coupe est dessinée à la figure 4; on se sert pour cela d'une forme enfer de la dimension voulue, sur laquelle on rabat les bords de la feuille en les coudant. Puis on continue à cintrer la feuille suivant la coupe de la figure 5. Pour courber la feuille et lui faire prendre la forme de la figure 1, on opère sur un tas serré dans un étau, comme il est indiqué à la figure 6. Il faut avoir soin de frapper avec le marteau à tranche d'une façon bien égale et avec la même force sur les deux bords de la feuille; car si le métal est mal étiré, il devient mince et risque de gercer avant que l'on ait pu obtenir l'enroulement voulu.
Il faut avoir soin de bien conduire le départ, afin de laisser à la feuille un profil irréprochable sans fausses courbes, ni cassures; une ligne pure rachète à notre avis un modèle médiocre. La découpe ou dentelure doit se faire lorsque la forme a été obtenue. Celui qui possède déjà une certaine sûreté de main peut commencer par faire la découpe. Dans ce-cas, il est nécessaire de prendre certaines précautions, afin
d'empêcher la feuille de cintrer trop vite dans les parties évidées, ce qui donnerait alors naissance à ce que l'on appelle des jarrets ou cassures, qu'il faut avoir soin d'éviter. Les refaits sont relevés en relief d'une façon assez accusée et leurs bords sont sensiblement retroussés.

GRILLE EN FER FORGÉ DE L'HOTEL-DIEU, TROYES.

 A côté des productions modernes delà ferronnerie, il est bon de faire voir aussi les belles oeuvres du passé, qui seront toujours pour nous un sujet d'études très fructueux. Parmi les belles grilles en en fer forgé du XVème siècle qui nous ont été conservées, celle de l'Hôtel-Dieu de Troyes est une des plus remarquables. L'imposante composition et la richesse des ornements en fer forgé du fronton attestent une fois de plus la magnificence de l'Art à cette époque. Les panneaux de la grande porte, composés de barreaux sans ornementation dans toute leur longueur, se terminent par une fine dentelle ajourée qui sert à les relier à la profusion des détails de la partie supérieure. Tout est combiné en vue d'un effet de noble grandeur dans ce merveilleux spécimen de notre art du fer forgé, dont nous devons nous efforcer de maintenir bien haut la renommée.

Grille en fer forgé de l'hôtel-dieu à Troyes

LE RELEVÉ AU MARTEAU FEUILLAGES STYLISÉS

Nous avons fait avec quelque détail une étude du relevé au marteau et de la description de l'outillage; nous avons passé successivement de l'étude d'une feuille découpée à plat aux différentes stylisations des fleurs et des feuilles. Nous sommes amenés tout naturellement, après avoir étudié séparément chacune des parties ornementales tirées de la nature, à consacrer un chapitre à un essai de composition dont les éléments sont tout entiers pris dans la plante.
On nous permettra, avant d'entrer dans notre sujet et de faire voir comment, en s'inspirant de la branche naturelle représentée à la figure 1, on est arrivé à la conception de la figure 2, on nous permettra, dis-je, un court préambule, dans lequel nous nous efforcerons d'attirer l'attention des ferronniers sur certains non-sens auxquels quelques-uns se laissent trop facilement entraîner. Car il arrive fréquemment que celui qui fait une composition de fer forgé s'égare et, au lieu de suivre le chemin naturel, fait des soubresauts, revient sur lui-même et embrouille par conséquent le dessin. Avec un peu d'attention, ces erreurs peuvent être évitées. Il faut admettre en principe que tous les éléments qui servent à la composition ornementale du fer forgé doivent être puisés dans la flore. Et ceci est très logique,
car le fer se travaille en longues barres de différentes dimensions, rondes ou carrées, et jamais ne se présente sous des masses larges et étendues. L'interprétation directe de la nature s'impose donc pour le fer forgé. Quels pourraient être, en effet, les autres éléments à étudier?
De même que la nature a ses lois immuables et dirige la croissance des plantes toujours selon les mêmes lois, l'artiste lui aussi doit se soumettre aux mêmes principes.
Les branches d'un arbre suivent la direction du tronc, c'est-à-dire poussent de haut en bas; les différents rameaux à leur tour donnent naissance aux feuilles et aux fleurs, qui s'élancent toutes dans la même direction. Le tout est en équilibre parfait et ne choque jamais le regard par des anomalies ou des contresens, ce qui indique qu'en décoration architecturale tout ornement formant rinceau ou volute doit avoir un point de départ et une direction qu'il faudra toujours suivre. Pour bien faire comprendre notre pensée, nous, avons représenté sur notre figure 3 un rinceau avec un point de départ identique à celui de la figure 2, et sur lequel prennent naissance les différents rinceaux, mais qui se dirigent à contresens. Il en est de même des feuilles qui sont disposées absolument au hasard.
Nous croyons devoir insister sur ce point, car, de nos jours, où l'on se soucie fort peu de respecter les principes établis et parfaitement en accord avec les règles de l'esthétique, de pareilles erreurs se rencontrent très souvent, alors que dans les ornementations anciennes, ces fautes de composition se voient rarement.

La figure 1 représente une branche naturelle de la plante appelée concombre ; à droite et à gauche de cette branche est dessinée, avec plus de détail, la fleur sous ses deux aspects au moment où elle est dans tout son éclat et quand elle se gonfle par la base, perd ses pétales et donne naissance au fruit. Cette plante présente des éléments assez variés et assez divers pour qu'en interprétant heureusement chacune de ses parties, on puisse obtenir toute l'ornementation qui se trouve dans le balcon de la figure 2.

 De la branche centrale, sur laquelle prennent naissance les feuilles, les fleurs et les fruits, partent des sortes d'excroissances, appelées brindilles, longues tiges fines et arrondies, qui s'enroulent en spirale et fournissent un sujet de plus à interpréter. Ce genre d'ornement est, on le remarquera du reste, fort souvent employé par les ferronniers. La fleur, très élégante de forme, rappelle dans ses lignes générales la fleur de lys et fournit également un motif intéressant.
Dans le balcon représenté à la figure 2, on remarquera que tous les ornements frises, motif central et remplissage sont dérivés des différentes parties de la branche de la figure 1.
  Le centre de la composition, formé par des volutes appelées C ou anses de panier, est occupé par cinq motifs, s'échappant du culot central, inspirés par la fleur fermée, non encore en plein épanouissement. A leur point de contact supérieur, les deux volutes sont surmontées d'un motif tiré du fruit mûr. Le médaillon est entouré d'une branche composée des feuilles du concombre, entre lesquelles on a intercalé deux petits rinceaux, qui servent de point d'appui pour la fixation entre elles des différentes pièces du motif central. La frise supérieure qui court tout le long du balcon est conçue avec les mêmes éléments que la branche dont nous venons de parler.
Quant au remplissage, auquel nous avons exactement appliqué les règles que nous avons exposées pour la direction des différents motifs qui s'échappent de la branche principale, il est tout entier composé par les diverses parties de la fleur du concombre stylisée. Nous y retrouvons la fleur épanouie, la fleur naissante, de laquelle s'échappent des brindilles, et la fleur au moment où elle va donner naissance au fruit.
Il ressort donc, en examinant attentivement cette composition qui nous a servi d'exemple, que les éléments seuls d'une plante, bien étudiés, coordonnés avec bon sens et selon les principes indiqués, peuvent servir à faire de l'ornementation, et cela sans demander aux styles anciens des modèles. L'interprétation d'une plante, habilement dirigée, fournit toujours des effets très différents et ayant tout leur charme propre, suivant le tempérament et l'éducation des artistes. Il est à souhaiter que la fleur stylisée se répande toujours davantage. . . .

LE REPOUSSÉ AU MARTEAU

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Nous avons donné l'énumération des principaux outils et nous avons indiqué pour chacun d'eux l'usage qu'on peut en faire. Mais il est évident que plus un repousseur se sent maître de ses moyens, plus il cherche la difficulté dans l'exécution : de nouveaux outils qu'il fabrique lui-même, et à sa main lui sont alors nécessaires. C'est à l'ouvrier adroit à compléter son outillage suivant ses besoins. Certains marteaux, par exemple, peuvent avoir de 15 à 18 centimètres de longueur, afin de permettre à l'ouvrier d'emboutir les culots et d'atteindre les profondeurs qu'il rencontre dans certains ouvrages.

Une des qualités du marteau est d'être légèrement cintré, de façon que les coups soient portés bien d'aplomb; il faut aussi l'évider pour le rendre léger, tout en ayant soin, cependant, de lui conserver toute sa solidité. Il est assez difficile de bien ajuster la boule et la panne d'un marteau, car dans le cas d'un ajustement mal fait, la panne peut laisser des traces sur la tôle. La trempe des marteaux se fait au rouge sec, sans recuit; les différents aciers demandent, il est vrai, à être traités de façons diverses.
Pour emboutir sous le marteau, on fait usage d'un, tas en plomb ou bien de formes en bois ou en fer.
Pour obtenir la reproduction d'un ornement par le repoussé au marteau d'après un plâtre, on procède par simple jugé; la découpe, c'est-à-dire le développement en surface plane de l'ornement, ne peut être faite et établie exactement par un ouvrier, que si celui-ci a déjà une longue pratique de ces genres de travaux. Le premier développement que l'on obtient n'est pas souvent très satisfaisant et ce n'est quelquefois qu'après plusieurs tâtonnements que l'on arrive à la forme voulue et définitive.
Si, au contraire, le modèle proposé est un dessin, on peut procéder méthodiquement comme nous allons l'indiquer. Supposons que la feuille à reproduire soit celle indiquée par le dessin qui occupe le côté gauche de notre figure. On sépare chaque refend par des traits horizontaux tirés à la hauteur de chaque départ des côtes. On obtient, par exemple, les deux lignes horizontales A et B; une troisième ligne parallèle aux deux premières que nous appellerons l'axe, divise l'espace qui sépare les deux premières en deux surfaces égales. Sur le côté droit de notre figure, les deux lignes verticales encadrent la surface du fer que la feuille doit recouvrir. Il est bien entendu que, dans la pratique, toutes les opérations que nous allons indiquer sont faites sur la tôle avec laquelle doit être fait l'ornement.
 Les lignes verticales dont nous parlons plus haut coupent les trois premières lignes horizontales en trois points, qui déterminent l'espace dans lequel on devra dessiner la première partie de la feuille que nous avons couverte de hachures. Pour faire ce dessin, on prend un calque de la partie de la feuille qui se trouve à gauche entre les deux lignes horizontales primitivement menées et on le reporte en le retournant sur la tôle aux points correspondants. On procède de même pour chaque refend. La feuille étant symétrique par rapport à l'arête verticale, il suffit de reporter à droite de cette arête le calque de la partie obtenue à gauche. La surface de la partie qui doit être cintrée, de façon à lui faire prendre la courbe indiquée, est calculée en tenant compte du déplacement que le marteau donne à la découpe pour ramener les refends à leurs places respectives. On relève ensuite sur le papier un dessin de la découpe que l'on obtient en procédant comme nous venons de l'indiquer. Le résultat est presque toujours satisfaisant et permet d'arriver dans la pratique aux meilleurs résultats.
Le travail du marteau se fait alors pour obtenir en premier lieu la forme et le galbe représentés par le dessin. La feuille, jusqu'au troisième refend, est cintrée sur elle même pour obtenir la première courbe indiquée. Ce cintre s'obtient en frappant avec un marteau à boule ronde la feuille de tôle posée sur un tas en plomb légèrement concave. Mais avant de cintrer la feuille, il faut avoir soin d'emboutir chacune des petites parties du refend qui recouvre le corps de la feuille; celle-ci étant cintrée, cette dernière opération est, en effet, rendue plus difficile et plus délicate.
Pour continuer le travail en relevant les côtes, la tranche (outil numéro 16 de notre planche) est prise dans l'étau; puis après avoir disposé la tôle sur cet outil, on frappe à faux sur cette dernière de façon à faire remonter le métal et obtenir la saillie que l'on veut donner à la feuille.

Pour profiler une côte bien droit et sans jarrets, il faut que l'ouvrier ait la main bien exercée. La feuille doit être dirigée sur la tranche de façon que le marteau ne la coupe pas. Lorsque les nervures et les côtes sont terminées, on emboutit les parties qui prennent des formes au moyen d'outils préparés à cet usage. Ces différentes opérations une fois terminées, on plane la feuille suivant le modelé que l'on veut obtenir. C'est à cette dernière épreuve que l'ouvrier qui n'a pas les connaissances suffisantes du dessin, du modelé et de la composition, voit tous ses efforts condamnés à l'impuissance. Si, au contraire, le repousseur possède toutes les qualités inhérentes à son art, ses compositions se distingueront toujours par un ensemble parfait et une belle ordonnance dans les détails.

ÉTUDE DE GRILLE EN FER FORGÉ

La structure des deux grilles en fer forgé que nous donnons en planches hors texte est essentiellement
composée de barreaux de grille assemblés comme on le faisait au XVe siècle. C'est à ce genre d'assemblage que nous consacrons aujourd'hui notre étude du fer forgé.

Ce genre de grille en fer forgé, très en faveur au Moyen-Age, était d'une grande solidité et constituait un excellent moyen de défense. La construction d'une grille ouvrante est soumise à une règle qui s'impose d'elle-même. Le cadre doit être d'une solidité à toute épreuve; on obtient ce résultat en assemblant les montants principaux et les traverses par des tenons ronds, goupillés et rivés.
Pour les deux grilles en fer forgé qui sont l'objet de cette étude, la principale difficulté d'exécution
consiste dans l'assemblage des barreaux au moyen de trous renflés; nous donnons un dessin qui permet de se rendre exactement compte de tous les détails de construction, lesquels doivent être observés avec la plus grande précision afin d'obtenir le passage très régulier des barreaux. Nous trouvons dans cette grille des trous carrés sur angle et des trous carrés de face, dont le simple effet d'opposition offre un intérêt assez remarquable. Tout ce travail a été exécuté à la forge, comme on le faisait au XVe siècle.
De nos jours, l'usage des trous renflés est plus restreint et il est peu de serruriers qui, maintenant, se donnent la peine de faire un tel travail à la forge. Les trous renflés sont, en général, obtenus au poinçon à la raboteuse; il ne reste plus qu'à souder les barres de fer à la longueur voulue. L'emploi en est encore assez courant dans les grilles en fer forgé, mais les trous sont plus souvent sur plat que sur angle.
Pour obtenir des trous renflés sur angle et à la forge, le fer, à l'endroit où l'on doit faire les ouvertures, est refoulé suffisamment pour qu'on retrouve la matière nécessaire à ramener les angles puis, avec un outil en forme de langue de carpe, on débouche un trou allongé et on chasse la matière de chaque côté du trou sans l'affaiblir; on refoule ensuite le trou en rond de façon à laisser le passage au mandrin pour ramener les angles du fer. On obtient encore plus de netteté en faisant passer les faces du trou renflé dans une étampe.
Les trous sur face sont obtenus de la même manière, mais avec moins de difficulté.
Pour les grilles en fer forgé, comme celles de l'église de Cléry, dont les traverses présentent alternativement des trous à face et des trous sur angle, une grande partie du travail se fait
à la tranche à chaud.

POTENCE EN FER FORGÉ SERVANT D'ENSEIGNE DE SERRURERIE

Au moment où l'Art décoratif, à pas lents, il est vrai, mais sûrement, prend place à côté du grand art,
rivalise avec lui, le dépasse souvent et n'est plus appelé art inférieur ou art moyen que par quelques uns,
dont les errements sont aussi connus que leurs productions sont ignorées, on ne saurait rester impassible
devant toutes ces innovations curieuses, habiles, intéressantes au premier chef, souvent éclatantes et
toujours neuves, que des artistes, dévoués à la cause de l'Art appliqué à l'Industrie, mettent sous nos
yeux, dans la rue, comme dans nos maisons, dans les boutiques, comme dans nos salons. Tous les objets
usuels prennent une forme artistique, sont d'une décoration propre à leur destination, d'un arrangement simple et élégant, assouplissant l'œil à des gammes de tons, des harmonies de couleurs nouvelles. Toutes ces merveilles sont vendues dans des boutiques, bien entendu. Mais quelles boutiques! de vraies boutiques, de vraies horreurs pour la plupart!
N'est-il pas temps de signaler cette anomalie, de crier au scandale et de rompre avec cette monotonie affadissante, laide et écœurante Toutes les petites façades de nos magasins qui devraient égayer nos rues, agrémenter leurs perspectives et donner à nos boulevards un aspect moins bazar, sont trop souvent d'une architecture banale, sinon grotesque. On n'y découvre rien de pittoresque, d'artistique et de vraiment décoratif; quelques-unes seulement donnent la note gaie, mais pour combien d'autres qui forment des taches voyantes, d'aspect tapageur et raccrocheur ! Le bizarre, l'étrange, le burlesque, l'excentricité, tout cela n'est pas de l'originalité et ne saurait la remplacer.
Que de merveilles de goût ne pourrait-on créer, si le boutiquier voulait de la devanture de son magasin et de l'étalage de sa marchandise faire un ensemble élégant, gai, pimpant, aimable, où tout serait coordonné suivant les couleurs, les formes, les dimensions, les qualités pratiques ou artistiques des objets exposés ! Tout cela est à créer. D'heureuses tentatives ont été faites; qu'elles soient suivies d'autres, nous n'en doutons pas, mais quand? ...
Puisque nous sommes entrés- dans toutes ces questions de boutiques, n'en sortons pas sans parler aussi des enseignes. Ici encore nos boutiquiers sont inférieurs et peu spirituels; leurs ancêtres, qui savaient tous un peu de latin (de cuisine ou de boutique), donnaient à ce mot sa vraie signification. Enseigne veut dire marque distinctive, preuve d'authenticité et de vérité. Aussi les bons marchands des temps passés attiraient les regards, occupaient l'attention du passant par des enseignes peintes ou sculptées, parlantes, allégoriques, symboliques, énigmatiques, quelquefois aussi saugrenues et presque toujours spirituelles. C'est au moyen âge surtout que toute cette floraison de potences, de lanternes, d'enseignes en fer forgé, suspendues sur la tête des passants, eut son plus beau temps.
Les jours d'orage le vent sifflait au travers de toute cette ferraille lancée contre les murailles, engendrait une musique criarde et assourdissante pour faire cortège aux passants. On était bien forcé de les remarquer, de les connaître toutes, ces enseignes, et d'apprendre par cœur l'épigramme, le rébus ou le bon mot qu'elles disaient aux acheteurs. Les rues ne portaient pas encore de noms, les maisons n'avaient pas de numéros. Pour retrouver une boutique, il fallait avoir recours aux idées topographiques, tel marchand avait son étalage auprès de telle tour, non loin de telle église, à cent pas de tel hôtel ou de telle porte; sur l'enseigne on lisait : A l'Épée de bois, A la Truie qui file, Au Pot de fer, A l'Éperon, Au Croissant, A l'Homme armé; ou bien on courait Ait Chat qui pêche, Au Chat qui pelote, A l'Âne qui. joue de la vielle.
Toutes ces pittoresques inscriptions ont servi à baptiser plus tard les rues où elles se trouvaient. La plupart de ces enseignes étaient de petits chefs-d'œuvre en fer forgé. Quelques-unes étaient peintes. Watteau lui-même, le grand Watteau, fit pour une modiste une enseigne toute reluisante, miroitante, éblouissante. La modiste, fit fortune.
C'est la morale des enseignes, Messieurs les boutiquiers. Le fer est appelé à jouer un rôle de plus en plus important dans la décoration moderne, à laquelle il fait subir tous les jours de nouvelles transformations. Les vérandas, les marquises, les grilles, les lanternes, les perrons, les balcons, les rampes, toute cette décoration intérieure et extérieure de nos maisons, constitue pour le ferronnier
un vaste champ à exploiter. Mais à tout il faut un commencement et un exemple, et si nous voulons, Messieurs de notre corporation, tenter un effort et en tirer profit, n'est-il pas juste que nous soyons les premiers à introduire la réforme dans la décoration de nos enseignes?

Nous avons donc voulu aujourd'hui mettre en pratique la théorie que nous avons exposée. Telle que nous l'avons conçue, cette enseigne présente une exécution un peu compliquée; mais on peut cependant mener ce travail à bonne fin, en suivant les indications que nous allons donner. Cette potence est composée d'un cadre en fer carré de 0m16 ou 0m18, suivant son importance ou les dimensions qu'on veut lui donner.

Les quatre traverses, dont les embases forment scellement, sont percées de trous renflés pour le passage des montants.L'extrémité du montant de gauche se compose d'une volute, d'un culot d'une embase et d'une palmette reposant à plat sur le mur. La figure 2 donne tous les détails de construction, le culot formé de quatre feuilles peut être rapporté en tôle repoussée. Mais il est préférable de préparer les quatre feuilles qui le composent séparément, en leur laissant une certaine épaisseur, de façon à pouvoir les souder à chaude portée sur la tige; celle-ci est apprêtée convenablement pour subir la chaude. Les quatre feuilles une fois soudées on taille l'embase dans la masse du fer, si toutefois on a eu la précaution d'en laisser un bloc assez fort sinon, on peut souder une bague à l'extrémité du culot pour le renforcer. La découpe à plat de la palmette, les profils de l'embase et du culot sont exactement dessinés sur la figure 2. Le montant de gauche, la branche qui raccompagne et la volute qui forme console prennent naissance au centre du culot entre les quatre feuilles. Pour obtenir un travail bien net et de belle apparence, toutes ces parties doivent être soudées les unes aux autres et non ajustées.
Sur la figure 4 sont dessinées toutes les pièces qui sont employées dans la composition du fleuron, qui se trouve à l'extrémité inférieure du montant de droite (fig. 3). Autour du bouton central sont soudées les quatre volutes, avec brindilles roulées en corne de bélier qui font corps avec lui. Ce fleuron est fixé au montant, au moyen d'une tige taraudée. Le motif qui fait suite à la traverse inférieure (fig. 5) est composé de deux feuilles et de graines soudées ensemble.
Les feuilles de la grande branche qui accompagne les montants de droite sont modelées et forgées séparément; puis elles sont soudées sur les tiges secondaires, par groupes de trois, quatre, cinq et six, au moyen d'amorces semblables à celles que représente la figure 6. Ces branches secondaires sont elles-mêmes soudées sur la tige centrale.
Fig. 7. — Découpe à plat du cartouche en tôle.
Fig. 8. — Détail de la traverse supérieure qui se termine par une tête dont une des parties du cou de la bête forme console et relie les deux traverses supérieures, toutes les garnitures de l'extrémité de ce barreau sont forgées séparément et soudées deux par deux. Les deux parties qui doivent former le bloc dans lequel on devra tailler la tête sont soudées l'une sur l'autre à plat et taillées ensuite, en les dégrossissant au ciseau à chaud.
La figure 9 représente une crosse d'exécution plus facile que cette tête et pouvant
la remplacer.
Fig. 10- Fleuron qui garnit l'extrémité du montant de gauche. Ce fleuron est
composé d'une pomme torse; de quatre graines, de quatre volutes en fer plat et de
brindilles en fer rond, roulées en Corne de bélier. Pour obtenir là pomme torse, on prépare des tiges de fer rond de la longueur voulue, on leur fait épouser la formé de la pomme, on réunit leurs extrémités par une soudure. Pour obtenir la forme torse,: oh rougit au feu une de ses extrémités, tandis qu'on mouille l'autre; puis on tord la partie malléable. On recommence l'opération plusieurs fois de suite, de façon que la forme torse soit obtenue jusqu'en haut de la pomme. Le dessin que forment les tiges n'est pas toujours très régulier on fait des retouches au moyen de pinces.
Fig. 11- Clefs entrelacées. — Pour les obtenir, le moyen le plus simple et le plus pratique est de les découper dans de la tôle; il n'est pas nécessaire qu'elles présentent un corps arrondi, puisqu'elles sont destinées à être vues de profil.
Fig. 12. — Frise qui supporte l'inscription. — Les différentes volutes qui forment cette frise sont assemblées par des colliers; sur chacune d'elles est soudée une lettre, préalablement forgée bu découpée dans de la tôle. L'S et I'I font corps avec le montant. Entre les deux traverses supérieures, se trouve un panneau rehaussé d'un fer à moulures. Il est destiné à recevoir le nom du serrurier. Enfin le cartouche central peut recevoir les autres inscriptions.

TECHNIQUE DE FORGE

En créant sous cette rubrique forge une sorte de cours de ferronnerie, nous avons eu surtout pour but de donner à nos lecteurs des indications très nettes et très précises sur les cas d'exécution les plus difficiles que l'on puisse rencontrer dans notre industrie. Quelques travaux, à première vue, présentent des difficultés qu'on ne saurait vaincre, semble-t-il, qu'après de longs et pénibles essais. Par les différentes études que nous avons faites, nos lecteurs ont pu facilement se convaincre que toute œuvre, quelque compliquée qu'elle soit, peut toujours être reconstituée quand on établit un plan raisonné et méthodique
de travail. Il faut, comme nous l'avons dit, et nous le répétons, que tout ferronnier ait déjà une grande pratique de notre métier et ne soit pas arrête par des questions de main-d'œuvre pour exécuter certains ouvrages où se trouvent des parties délicates à traiter, autour desquelles rayonnent toutes les autres et desquelles dépend la réussite du travail entrepris. On doit surtout, pour acquérir une.grande habileté, éviter cette tendance de quelques-uns de nos ouvriers à tourner les difficultés par des artifices peu dignes d'un véritable ferronnier; artifices qui sont presque toujours découverts et nuisent à l'effet artistique
du travail. La partie qui n'est pas traitée exactement comme elle doit l'être, c'est-à-dire selon tous les principes de la forge, forme une tache facile à découvrir et qui déprécie l'œuvre, bien quelle puisse présenter de brillantes qualités.
Tout ferronnier, digne de ce nom, ne doit reculer devant aucune difficulté, car il pourrait prendre, l'habitude fâcheuse, en se dérobant systématiquement devant chaque obstacle, de ne plus traiter que des sujets trop simples, ce qui le condamnerait à ne pas progresser et à rester dans une médiocrité certaine. C'est en se raidissant avec une ferme volonté et même de, l'entêtement devant lés difficultés d'une exécution un peu âpre et ardue, que le talent se forment que l'invention, entrant peu à peu dans l'esprit,
devient bientôt une ressource facile et une puissance prête à enlever toutes les situations quelque compliquées qu'elles puissent être. L'œuvre qui laisse au ferronnier des points incertains et délicats à traiter est une œuvre à laquelle celui-ci doit s'attacher avec le plus d'acharnement pour pénétrer tous les plis de sa structure. C'est en se familiarisant avec les difficultés qu'un artiste peut développer ses qualités inventives.
L'objet de notre étude d'aujourd'hui sera une pièce de ferronnerie faisant partie de la collection du Musée des Arts décoratifs. Nous donnons les moyens de reproduire ce motif avec d'autant plus de plaisir qu'il sera loisible à ceux qui l'auront exécuté d'en faire la comparaison avec l'original.
La décoration de cette pièce est empruntée tout entière à la nature; une feuille de chêne stylisée forme toute l'ornementation à la fois simple et pleine de charme. Cet exemple prouve combien les études où la fleur est prise comme point de départ du décor se prêtent facilement à une composition très pure de lignes et, de plus, complètement artistique.




Pour tout œil exercé, la difficulté d'exécution de cette pièce de ferronnerie réside dans le moyen à trouver pour faire passer les différentes branches du rinceau les unes dans les autres. Mais avant d'entrer dans ces détails, nous donnerons les moyens d'exécution et d'assemblage des feuilles qui occupent le centre delà composition.
Les figures 2 et 3 montrent comment sont assemblées les feuilles, préalablement forgées séparément, tout en ayant soin de laisser une côte dans le sens de la longueur et dans la partie médiane, pour leur donner du corps et faciliter le travail des courbes. Réunies par une forte soudure, ces trois feuilles, qui forment l'ensemble de la figure 4, sont destinées à occuper le centre de la composition autour duquel les autres parties doivent se réunir.
La figure 5 donne en même temps le détail d'exécution de chacune des branches secondaires et la manière de les assembler à la partie centrale. Après la chaude qui réunit ces diverses pièces, on soude autour des tiges et juste à leur point de jonction une petite bague qui termine harmonieusement cette première partie de la composition. On a soin de laisser une certaine longueur à la tige sur laquelle prend naissance le petit gland, comme l'indique la figure 6.
Nous avons, enfin, à la figure 7, une vue d'ensemble avec le dernier ornement qui vient terminer le motif central de la composition et la longue tige dont le développement circulaire doit former le cadre au milieu duquel s'étale le bouquet.
Le dernier détail d'exécution, qui présente un travail un peu compliqué, est le passage du rinceau dans la tige qui forme le cercle. Cette tige est percée et renflée; puis, à l'endroit où le rinceau doit traverser le fer, elle est séparée en deux branches, comme le montre la figure 8. Cette opération une fois terminée, on referme la tige dont on soude les deux branches aussi près que possible du trou, puis on la prolonge jusqu'à la partie inférieure du motif où elle est traversée une seconde fois. Un troisième trou doit être pratiqué, suivant le même procédé, à gauche de la composition, pour laisser passer le petit feuillage qui complète cette pièce de ferronnerie d'une façon aussi heureuse et lui donne une allure aussi dégagée.