OUTILS POUR LE REPOUSSÉ AU MARTEAU

Avant de pénétrer plus avant dans l'étude du repoussé et de lui donner tous les développements qu'elle comporte, nous croyons nécessaire de faire une description exacte et détaillée des principaux outils indispensables à tout ouvrier qui veut faire du repoussé au marteau. Nous ne prétendons pas faire un cours complet, mais nous donnons quelques développements à cet intéressant sujet, car nous croyons très justifiée notre façon de donner certains enseignements. Si quelques-uns d'entre nous, se sentant piqués au vif, semblent nous en vouloir d'insister sur certains détails, nous leur dirons qu'à ceux qui croient ne rien avoir à apprendre, nous laissons toute liberté de critique, mais nous leur laissons aussi le droit de piétiner sur place. Ce ne seront pas ceux-là qui seront les premiers, ni les plus remarqués aux expositions, et ce ne sera pas à eux que pourront aller les récompenses et les distinctions. Ceux-là non plus n'auront pas la satisfaction d'avoir concouru au relèvement d'une industrie artistique et d'avoir collaboré à l'œuvre commune dans le développement de l'art décoratif français.
Nous posons en principe qu'un art industriel, quel qu'il soit, pour progresser et se répandre, doit avoir à son service des ouvriers habiles, connaissant leur métier dans ses moindres détails et capables d'exécuter en entier toutes les parties d'une même œuvre. Le repoussé au marteau est un métier si étroitement lié à celui du ferronnier, qu'il est de la plus haute importance, nous dirons même indispensable, que la plupart d'entre nous le connaissent, sous peine d'être réduits dans certains cas à l'impuissance ou de se voir arrêtés dans l'exécution d'un ouvrage qui se trouvera dénaturé ou ne présentera pas toutes les qualités d'ensemble si des ouvriers de tempéraments différents y mettent la main.
Nous ne saurions trop répéter à nos ouvriers d'art de s'engager dans la voie que nous indiquons, car leur intérêt, tout comme celui de notre corporation tout entière, est de ne pas laisser la production étrangère prendre place à côté de la nôtre.
L'Allemagne, la Suisse et l'Autriche ont des ouvriers ferronniers en beaucoup plus grand nombre que nous n'en avons en France. La plupart ont une instruction artistique assez étendue. Cette supériorité leur permet de se répandre dans nos ateliers et d'envahir de plus en plus toutes nos maisons de ferronnerie.
Nous avons même pu constater qu'en Amérique, où l'art du fer forgé, a pris un si grand développement, les principes fondamentaux de la composition ornementale et de l'exécution ont été empruntés aux Allemands. Nous serions heureux de voir cet état de choses prendre une face nouvelle; il faut pour cela que quelques-uns d'entre nous se mettent hardiment et avec courage, à la besogne, pour mettre des obstacles à tout envahissement et réduire, autant que possible, la concurrence étrangère tout au moins dans notre cité.

Nous empruntons quelques-unes de nos reproductions à l'Encyclopédie des Arts et Métiers de Diderot (1750); nous trouvons, également dans cet ouvrage, les dessins d'une série d'outils et quelques sujets d'études, comme la découpe à plat des culots et de certaines feuilles. Les renseignements que nous pouvons puiser dans cet ouvrage nous montrent tout l'intérêt que nos devanciers avaient à répandre leurs procédés de fabrication; ils nous ont mis sur une voie toute tracée dans laquelle nous n'hésitons pas à nous engager afin de rendre les mêmes services à notre corporation.

fer forgé


Parmi les douze marteaux que nous reproduisons, ceux qui portent les numéros 1, 2, 3 et 4 sont à boule ronde; les numéros 5 et 6 sont, l'un à face carrée, l'autre à face rectangulaire et servent à planer. Le numéro 7 est à double emploi: une de ses faces sert à planer, l'autre est arrondie. Les numéros 8, 9 et 10 sont à double panne arrondie et de différentes épaisseurs comme l'indiquent les coupes.
Le marteau numéro 11, que nous représentons avec son manche, est d'un côté à patine plate et de l'autre côté à panne sur champ. Le numéro 12 est à face carrée et à panne sur champ.
Les figures 13, 14 et 15 représentent des tas à doubles boules que l'on serre dans l'étau et que l'on utilise pour planer. Le numéro 16 est un tas appelé tranche et les numéros 17 et 18 sont des tas de forme ovale. Les figures 19, 20, 21 et 22 représentent, dans l'ordre où nous les nommons, un tas portatif, un tas servant à dresser et à planer, un faux rouleau à fer carré et un tas que l'on emploie pour plisser.
Nous allons passer maintenant en revue les divers usages que l'on fait de ces différents outils. Les marteaux à boules rondes servent à emboutir et à donner des formes rondes. Le marteau à face carrée sert à planer les parties déformées et à donner de la netteté à l'objet. Pour planer on emploie le marteau à face rectangulaire; il en fait également usage dans bien d'autres cas, à cause de sa forme qui permet d'atteindre les refents de très près et de passer librement dans les endroits peu accessibles.
Le n° 8 est aussi d'une grande utilité; il permet en même temps de tirer les côtes et de planer. Les nos 9 et 10 servent à faire les côtes des feuilles. On emploie les marteaux qui portent les nos 10 et 12 pour étirer les feuilles de tôle et leur faire prendre une forme cintrée.
Les tas à boules rondes {fig. 13, 14 et 15) sont employés pour planer les formes. La figure 16 représente une tranche. Nous ne donnons ici qu'une seule forme de cet outil, mais il est bien évident qu'elle seule ne peut suffire et que le repousseur doit en posséder deux ou trois de dimensions différentes.
C'est un outil qui est de la plus grande utilité dans le travail du repoussé. Après avoir fortement serré la tranche dans l'étau, on applique sur elle la plaque de tôle, puis en frappant à défaut sur celle-ci on fait remonter le métal pour faire ressortir les côtes des feuilles. Ce n'est qu'avec une certaine habitude que l'on arrive à de bons résultats en se servant de la tranche et du marteau.
Les numéros 12 et 15 représentent des tas de forme ovale, sur lesquels on ramène les formes d'une feuille. Le numéro 19 sert à donner le cintre aux feuilles. Celui qui est représenté à la figure 20 sert à planer.
Le faux rouleau représenté sur la figure 21 est. employé pour donner une première forme à une feuille qui doit recouvrir un fer plat ou carré. Pour arriver à ce résultat on pince fortement dans l'étau les extrémités de la feuille et du fer et on rabat là tôle de chaque côté du fer. Le tas de la figure 22 sert à donner les premières formes pour obtenir ensuite les côtes des feuilles.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire