CHENET DE CHEMINÉE EN FER FORGÉ

fer forgé
Fig. 1 — Coude sur angle.
Pour obtenir le résultat de ce travail qui offre certaine difficulté, le fer carré doit être refoulé en bout de façon à obtenir un congé et former l'angle vif du coude. Ensuite on apprêtera la surface du fer en amorce pour faire la soudure en bout du fer carré qui doit faire suite à la tige. Pour cela, une étampe d'angle est nécessaire pour donner assise au fer au moment de la soudure, comme l'indique la figure précitée.
En règle générale, pour procéder à cette opération, il est indispensable de chauffer les deux parties du fer bien à point, en ayant soin de tenir dans une position verticale, dans le foyer, la partie à encoller en bout sur la pièce coudée, de manière à ce que l'action du feu atteigne le milieu du fer.
Notons, en passant, que la soudure en bout offre bien plus d'inconvénients à celui qui n'est point maître de son feu et présente beaucoup moins de résistance que la soudure par amorces. Pour la soudure qui nous occupe, s'il arrivait que le feu entamât par trop le fer, il serait bien difficile d'y remédier, à moins de refaire les deux pièces. En outre, il se produit souvent qu'une soudure en bout laisse des vides dans le corps des fers, après la chaude, par ce fait que les angles ont toujours à souffrir de l'action du feu. C'est principalement dans ce genre de soudures qu'il faut surveiller son fer dans le foyer, avec la plus grande attention.
En suivant la marche d'exécution du travail, objet de notre démonstration, tel que l'indique notre dessin d'ensemble, l'embase qui vient se souder presque au collet du coude d'angle, doit être roulée sur-un mandrin carré et soudée sur la tige, ensuite dégrossie et moulurée au ciseau à chaud. Puis il sera procédé par une soudure en amorce afin d'allonger la tige du chenet en fer carré, jusqu'au-dessous de la seconde embase, où la tige se présente de face.
Fig. 2. — Volute double, roulée dite : Corne de bélier, forgée et refoulée d'un bout pour être soudée à chaude portée sur la tige carrée. Ensuite la seconde embase, de même que la première, vient se souder en amorce avec le prolongement de la tige.
Fig. 3. — Anneau en fer tordu à chaud, roulé et tournant dans un gousset fixé
sur le chenet avec une tige rivée.
Fig- 4- — Découpe à plat de la feuille qui surmonte les pieds (la petite feuille du
haut, forgée et étirée, fait partie de la même pièce, ainsi que le dessin l'indique), après l'avoir martelée et lui avoir donné la forme à chaud vu son épaisseur nécessaire pour supporter la soudure de la troisième embase. Quant à la graine qui surmonte la feuille, elle est soudée dessus après le modelage.
Fig. 8. — Support de la barre à feu, forgée et reportée sur le chenet avec un
tenon rivé.
Fig. g. — Découpe à plat de la feuille forgée et emboutie (motif du milieu).
Fig. 10. — Profil du motif de milieu. La rosace est enlevée au burin et les feuilles
(fig. 9) sont soudées ensuite dessus.
La série des travaux que nous venons de démontrer se poursuivra par la façon des deux pieds dont les griffes sont enlevées dans la masse, à la forge, au dégorgeoir et au ciseau à chaud.
Fig. 7. — Coupe de la soudure des deux pieds, préparée pour recevoir le motif du
milieu. — La soudure des deux pièces doit s'opérer à chaude portée. Cette soudure terminée, on amorcera le bout suivant la figure 5, pour venir faire celle de la partie haute du chenet, soudure qui doit fournir le résultat d'ensemble.Après cette suite d'opérations vient la soudure des feuilles forgées.qui doivent être soudées en même temps que l'embase. Elles seront préparées et ajustées sur le corps du chenet au moyen de rivures les fixant solidement pour les tenir pendant la chaude.
Fig. 6. — Le collier sera préparé de même en deux parties et fixé au milieu au
moyen d'une rivure.
Le travail étant ainsi préparé, on devra s'apprêter à subir une épreuve qui présente de bien grandes difficultés : un des tours de main les plus forts du métier. A ce sujet nous ne saurions assez insister sur les principales précautions à prendre.
1° Préserver les feuilles du haut (fig. 5) en les entourant de fil de fer assez fort, roulé très étroitement de chaque côté de l'embase. 20 La pièce devant être retournée assez souvent pendant la chaude, préparer son feu avec du charbon à demi consumé, de façon à pouvoir le regarnir. Au moment où le fer commence à ressuer, le foyer est difficile à bien se maintenir; il faut donc le recouvrir avec soin, conduire le feu doucement, attendre que le fer chauffe profondément et avec régularité, ce que donne la grande connaissance de la forge, car c'est la grosse difficulté du métier de chauffer le fer sans griller les parties minces avant que les parties massives soient chaudes à point.
En un mot, c'est l'instant où l'ouvrier se trouve complètement captivé par cette attention qui doit aboutir au résultat final de ce travail qui mérite une mention toute particulière sur ses procédés d'exécution.
Après nous être appesanti sur des recommandations du plus grand intérêt qui étaient utiles pour compléter notre démonstration, nous ajouterons que s'il arrivait que l'opération de cette dernière soudure fût manquée, une partie importante du travail serait totalement perdue; c'est surtout sur l'une de ces chaudes que l'on peut apprécier la véritable valeur de l'ouvrier habile. Notre sujet est bien choisi pour faire ressortir tout ce qu'il y a de passionnant dans le travail de l'artiste forgeron.
Il est imprudent, nous diront sans doute quelques-uns de nos lecteurs, de courir au devant de risques aussi sérieux pouvant anéantir la plus large part d'un travail aussi durement conquis, quand on pourrait y suppléer par d'autres moyens moins difficiles en rapportant les feuilles par un ajustage rivé. Certes oui, et c'est ce qui arrive dans le plus grand nombre de cas. Mais pour celui qui aime et pratique son métier, le travail n'a de valeur à ses yeux qu'autant qu'il y a eu de difficultés à vaincre sous quelques formes qu'elles se présentent.
Le talent ne s'acquiert véritablement qu'à cette seule condition.

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