PENTURE D'UNE DES PORTES DE NOTRE-DAME DE PARIS (suite)

Fig. 1. — Plan d'ensemble d'une partie de la penture.


Fig. 2.— Partie du corps de la penture faisant suite, figurée avec la naissance
des deux branches.


Toutes les fleurs qui viennent prendre place sur le corps de la penture sont soudées les unes à côté des autres, de façon à former un bouquet comme l'indiquent les figures du plan, pour venir se souder par superposition d'après le dessin d'ensemble. Le nombre de soudures à exécuter, en partant de la première embase, se compose : d'un groupe de 7 fleurs soudées ensemble et d'une soudure d'assemblage sur le corps
de la penture; de 7 fleurs soudées séparément sur les trois parties indépendantes qui doivent être soudées ensemble pour former le corps de la penture; de 2 soudures pour les deux branches principales; du groupe de 12 fleurs soudées ensemble par une soudure; de 2 soudures à plat formant assemblage; enfin, de la soudure de l'embase qui sert à protéger les petites fleurs qui l'entourent. L'ensemble de ce travail nous donne un dénombrement de 37 soudures.
A notre avis, la partie qui forme le corps de la penture doit être obtenue par trois morceaux de fer forgés séparément, ainsi que l'indique notre planche de démonstration. Quoique ce procédé ne soit point le seul applicable, nous le jugeons comme le plus favorable et se prêtant le mieux à l'exécution du travail. Il se résume dans cette opération : les morceaux de fer, de dimensions voulues, sont placés dans une étampe moulurée, puis soudés par juxtaposition sur toute la longueur. En donnant une chaude légère, bien surveillée, on conservera les moulures presque intactes; toutefois, il sera nécessaire de revenir un peu à l'outil pour affranchir les profils. C'est sur cette partie forgée que les groupes de fleurs sont soudés à plat.
Fig. 3. — Représentant une des branches et donnant les détails des différentes soudures qui la composent. Chaque pièce détachée fait l'objet d'une soudure à plat ou sur champ et par amorce. Ce travail nous donne un chiffre de 115 soudures par chaque côté, soit 23o pour les deux, et un total de 267 soudures pour la section de penture soumise à notre démonstration.
Fig. 4. — Développement de la branche après les soudures terminées. Les extrémités sont contournées avec symétrie et suffisamment pour ne pas entraver la réunion des deux branches sur la partie principale laissant ainsi, par leur moindre volume, une manipulation plus facile de la pièce dans le foyer.
Si nous ajoutons le nombre de soudures signalées dans notre première étude à celui que nous indiquons plus haut, nous arrivons à un total de 324 soudures exécutées pour les divers travaux analysés jusqu'à ce jour.

TECHNIQUE DE FORGE FABRICATION D'UN ANNEAU.

Voici quatre vidéos de technique de forge pour fabriquer un anneau à sceller dans un mur. Vous verrez quatre techniques de forge essentielles qui sont l'étirement, le perçage à chaud, l'enroulement et le tranchage.

Première vidéo l'étirement.



Deuxième vidéo le perçage à chaud.



Troisième vidéo, l'enroulement.



Et la quatrième vidéo qui vous apprend le tranchage à la forge.



Voila pour ces quatre techniques de fer forgé en vidéo, ce n'est pas bien compliqué au fond juste acquérir le tour de main. C'est en forgeant que l'on devient forgeron.

TRÉPIED CRÉE EN FER FORGÉ

Depuis les temps les plus reculés, le trépied a été en usage sous diverses formes. Les Romains s'en servaient comme brûle-parfums; nous en possédons encore de très remarquables, exécutés principalement en bronze; en Italie, à l'époque de la Renaissance, il en a été beaucoup employé comme supports de vases ou de récipients en cuivre, pour recevoir des fleurs. Cet usage s'est continué de nos jours, et nous avouerons que nous avons beaucoup emprunté aux modèles anciens pour la décoration des œuvres modernes; cependant le trépied se prête à la composition par la diversité des formes décoratives qu'un ouvrier habile peut lui donner, car il est assurément un des principaux ouvrages de ferronnerie qui trouve sa place dans la partie de
l'ameublement. Le modèle que nous présentons offre un réel intérêt pour celui qui en tenterait
l'exécution d'après les données de notre démonstration, qui porte essentiellement sur un travail d'ornements traités à la forge et tous soudés.
Fig. 1.— Plan d'ensemble du modèle à exécuter.


fer forgé

Fig. 2. — Épure à plat désignant la position et l'emplacement des pieds des deux
ceintures et de l'embase qui réunira les trois branches au centre. Pour que les trois branches soient bien reliées et fixées solidement au point central, il faut que le tracé du collier soit bien compris.


Nous définirons son exécution de la manière suivante : Une partie ronde, pleine, de 0m02 d'épaisseur, d'un diamètre de 0m04; une seconde partie formant bague, également, de 0m02 d'épaisseur, de 0m06 de diamètre. On resserrera cette dernière avec la première, en la faisant chauffer de façon à ce qu'elles ne forment plus qu'une seule pièce; on percera les trois trous de passage des tiges, par moitié, sur le joint, et l'on profilera la moulure sur le côté; puis on percera les trous qui doivent servir à relier ces deux pièces ensemble; on terminera par un coup de scie à métaux pour séparer les deux parties de la bague qui doit servir de collier.
La deuxième ceinture qui doit réunir les pieds sera exécutée en fer méplat; elle contournera le fer rond en forme de collier et viendra s'ajuster sur un second cercle en tôle découpée, légèrement emboutie, suivant le dessin de la fig. 2. La ceinture du haut, en tôle de 0m002 d'épaisseur.
Fig. 3. — Tracés des différentes découpes à plat des feuillages qui figurent au plan
d'ensemble.
L'exécution préparatoire d'un feuillage, si nous pouvons nous exprimer ainsi, est une opération par laquelle il n'est pas toujours facile d'interpréter, du premier coup, la forme que le modèle demande par une découpe à plat. L'ouvrier le plus rompu à ce genre de travail éprouve, parfois, bien des difficultés dans l'essai d'une découpe d'une pièce de certaine importance; il est obligé d'y revenir à plusieurs fois avant de tomber juste dans le sentiment de son dessin, car le métal subit bien des déformations sous l'action du marteau, que le praticien intelligent doit atténuer, corriger, jusqu'à ce qu'il soit arrivé à lui faire revêtir la forme parfaite exprimée par le modèle. C'est le cas le plus intéressant, en ce genre de travail, pour l'ouvrier adroit, possédant une conception artistique suffisante et capable d'exécuter, au gré de ses coups bien appliqués, par la découpe dont il s'agit, une œuvre finement chiffonnée, d'un résultat inattendu dans des effets surprenants, véritable caractéristique des ouvrages en fer forgé, que le crayon ne peut rendre, que la terre elle-même ne peut fournir dans tous ses aspects par le modelage.
Le sentiment que nous venons d'exprimer nous a guidé dans l'étude des feuillages figurant à notre dessin et qui peuvent servir d'application aux procédés à employer dans le sens que nous avons indiqué, en constatant de nouveau que l'épreuve pratique qui doit donner des résultats appréciables doit être conduite par l'ouvrier que ce travail tenterait, avec une intelligente intuition du but à atteindre et la participation adroite de sa main. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet au cours d'une étude spéciale sur la repousse au marteau, c'est-à-dire après celle que nous consacrons actuellement à la forge.
Revenons aux feuillages. Toutes les feuilles indiquées au dessin doivent être étirées dans le fer en laissant une amorce pour la soudure. Celles forgées de petites dimensions sont relativement d'un travail facile d'exécution.
Fig. 4. — État des différentes soudures, par amorce, des brindilles qui forment l'ornementation des pieds.
Fig. 5. — Présentation de la soudure avec le pied terminé par une petite masse formant assise, légèrement bosselée, martelée de façon à lui donner l'aspect apparent d'une tête.
Fig. 6. — Telles que.nous les avons conçues, les brindilles qui s'entrelacent autour des pieds viendront se souder avec ces derniers pour ne former qu'une seule partie réunie par une seule soudure. Toutes les branches, assemblées et soudées ensemble, seront contournées sur un morceau de fer rond, dit faux rouleau, de la forme du pied; elles reprendront ensuite leur place sur la pièce même, selon l'indication de la figure 6, pour donner la soudure qui doit les relier à la tige principale; on soudera ensuite la partie qui doit terminer la volute. Nous ne saurions trop insister sur ce point : que tout ouvrier qui sait se servir de la forge, doit exécuter par ce système la plus grande partie de son œuvre, sinon toute (ce qui est possible), car il y trouvera une économie de temps : une soudure étant toujours plus promptement faite qu'un ajustage avec rivure.
L'ensemble du travail sera terminé par le montage, la fixation des pieds sur les ceintures; l'attache de la volute est comprise par une partie ronde formant trou renflé, qui vient s'appliquer sur la ceinture et forme assise.
La couronne qui doit recevoir le vase, et qui prend place dans le milieu, est découpée suivant le tracé et emboutie d'après le dessin.

PROJET DE CHANDELIER EN FER FORGE

fer forgé
 Nous poursuivrons notre étude sur l'Art du fer forgé, ses procédés et ses applications par une série de modèles qui pourront être exécutés sans que l'ouvrier, appelé à les copier, ait besoin d'avoir recours à une grande mise en œuvre.

fer forgé

Fig. I. — Plan d'ensemble. Chandelier en fer forgé avec tous les ornements soudés à la forge. Sa hauteur totale est de 0m35. Le plateau est exécuté en tôle repoussée au marteau: longueur 0m23,largeur 0m12.
Fig. 2. — Boutons qui surmontent le chandelier fixés par une tige taraudée. Pour obtenir à la forge une pièce semblable, on soude une embase à chaud, que l'on arrondit en ramenant la pointe, à petits coups de marteau, sur la bigorne de l'enclume. On peut la forger très près de la lime en apportant un peu de soin ; la petite embase du bas est ensuite soudée. Nous pouvons ajouter qu'il serait facile d'obtenir également cette pièce soit au tour, soit forgée dans la masse; mais nous conseillons à nos lecteurs praticiens de toujours arriver au résultat du travail par la forge qui exerce la main de l'ouvrier, donne une économie de temps dans bien des circonstances et, surtout, augmente la valeur de la pièce. Nous nous placerons toujours à ces trois points de vue bien caractérisés dans nos différentes explications sur le fer forgé.
Fig. 3. — État des divers apprêts pour obtenir la pièce qui doit supporter la bobèche. La partie composant l'embase est apprêtée en deux pièces, selon le modèle, de la même façon des deux bouts, également en deux parties, en laissant les extrémités assez longues pour obtenir la partie torse; on soude ensuite les deux fers ensemble par une chaude à souder, puis on ouvre les deux branches en fer méplat, pour les tordre suivant le modèle. On donne la forme ovale, selon le dessin; les deux bouts rapprochés par cette forme donnée, on soudera les deux parties ensemble; on préparera la partie ronde dans laquelle il sera percé un trou à chaud, agrandi sur la bigorne de l'enclume pour le passage de la bobèche. De l'autre côté, cette pièce sera épaulée et amorcée pour la soudure de la volute qui la termine. Cette volute se compose de deux brindilles. On apprête l'une en amorce, suivant l'indication du dessin, et l'on soude les deux parties ensemble; cette pièce ainsi composée vient s'assembler par une soudure à la partie épaulée de la pièce précédente.
Fig. 4. — Découpe à plat de la bobèche. Partie découpée dans de la tôle, suivant le dessin, et roulée sur un mandrin rond; les deux bouts bien ajustés et soudés au cuivre.
Fig. 5. — Motif de la volute du milieu à son état de préparation. Les petites brindilles du milieu seront d'abord soudées les unes avec les autres, en procédant par amorce, comme l'indique la figure 11. La certitude d'un bon résultat dépend surtout de la parfaite exécution de ce premier travail. Les brindilles soudées, on soude la première feuille dessus, à plat, c'est-à-dire sans amorce, les deux fers posés l'un sur l'autre. Le petit bouton vient se souder à plat sur la volute; la seconde feuille se soude avec la volute qui vient se poser sur la tige centrale du chandelier. La pièce se termine par une dernière soudure qui relie toutes les parties décrites ensemble. Tige plate qui fait suite à cette pièce. On soude la bande de fer plat très mince de manière à ce qu'elle soit assez flexible pour faire ressort et pincer la bougie dans la bobèche, en lui donnant une forme demi ronde suivant la figure 6.
Fig. 7. — Tige centrale du chandelier terminée par une embase au bas, soudée à la forge, moulurée ensuite à la lime.
Fig. 8. — Découpe à plat des feuilles forgées à un millimètre d'épaisseur en laissant une partie forte dans le bout pour supporter la chaude. La première passe pour emboutir ces feuilles se donne à chaud, pour les reprendre à froid, en les faisant recuire très souvent. On arrive par ce procédé à travailler les feuilles forgées aussi bien que si elles étaient en tôle; il n'y a que le travail de forger, d'étirer le fer en plus, mais il est compensé par celui des soudures, qui est plus vite exécuté que celui de l'ajustage pour l'ouvrier habile à souder à la forge, et sûr de ne pas compromettre le travail préalable par une chaude mal donnée qui détruirait tout.
Fig. 9. — Découpe à plat du plateau. Découpé dans de la tôle de un millimètre d'épaisseur, emboutie au marteau, d'un travail relativement facile. Les bords seront légèrement relevés, les cornes de bélier roulées suivant la découpe, qui, par leur forme et ,leurs dimensions bien calculées, doivent, par un léger relevage, donner la forme du modèle.
Fig. 10.— Pied du dessous du chandelier, formé de trois pieds forgés. On peut souder sur champ les deux branches ou les découper; on soude le motif en forme de trèfle qui termine les pieds par amorce. La petite volute de la première branche est soudée à plat sur le fer; on doit les rouler de façon à former une bonne assise. Les travaux préparatoires ainsi terminés, il ne reste plus qu'à procéder au montage et à l'assemblage des pièces avec vis ou rivets pour terminer l'œuvre.
Pour faire ressortir le travail fini, on donne la patine que l'on juge nécessaire : polir la pièce ou tout simplement laisser la teinte du fer. A cet effet, on lui fait subir, pendant une nuit, un bain d'eau additionnée d'acide sulfurique; on la retire pour la sécher le plus rapidement possible et frotter ensuite toutes les parties au moyen de pierre ponce pulvérisée mélangée d'huile de lin. Les surfaces du fer seront ainsi débarrassées de la couche qui les noircit et donne la teinte vieux fer. On peut également noircir le fer, en obtenant des parties luisantes qui lui donnent un certain cachet. Plusieurs recettes sont employées pour arriver à ce résultat, parmi lesquelles : le noir à la cire, à la corne, au noir de fumée et à l'huile de lin.

PENTURE D'UNE DES PORTES DE NOTRE-DAME DE PARIS (XIIIe SIÈCLE)

La façon dont fut exécutée à cette époque la penture qui constitue l'ornementation de la porte principale du milieu du bas-côté gauche de Notre-Dame de Paris, nous servira de sujet de démonstration.. Cette penture mesure 1m20 de long et 0m80 de large, 0m18 à 0m16 de largeur au collet, sur une épaisseur de 0m02 environ.
PENTURE.— On désigne ainsi des bandes de fer clouées et boulonnées aux vantaux des portes, munies d'un nœud entrant dans un gond, destinées à suspendre ces vantaux et à permettre de les faire pivoter facilement sur les gonds. « De nos jours on n'emploie que rarement les pentures avec le nœud roulé, seulement comme appliques. »
Les pentures de Notre-Dame de Paris n'ont été rétablies que comme appliques, à cette époque le nœud était attenant à la penture. Les diverses opérations qui doivent concourir à l'exécution méthodique et pratique de l'œuvre, le nombre à peu près exact des soudures qui entrent dans cet assemblage de pièces en fer forgé, enfin tous les détails seront étudiés comme si le même travail de ferronnerie devait être exécuté à nouveau.
Nous possédons déjà, sur cette œuvre qui intéressera vivement nos lecteurs, des données très justes et des aperçus très précis tirés du Dictionnaire d'Architecture de Viollet-le-Duc, qui dirigea la restauration de Notre-Dame. Sous ses ordres, M. Boulanger, l'habile forgeron, fut chargé, à son grand honneur, de reconstituer les pentures des portes de l'ancienne basilique, et c'est grâce à sa profonde connaissance de la forge que nous lui devons de posséder intacte l'œuvre du fameux ouvrier Biscornet, à qui est attribué le travail primitif, travail acheté au prix de son âme, par sa collaboration avec le diable, ainsi que nous l'apprend une bien naïve légende. Cette légende offre un côté bien caractéristique qui se présente à notre esprit par l'examen des diverses appréciations que des écrivains, cependant consciencieux, ont formulées sur l'exécution même de ces belles pentures, véritables chefs-d'œuvre que nous sommes fiers de posséder, et qui feront toujours notre admiration, surtout si nous savons saisir le secret de toutes les difficultés surmontées par un travail étonnant
et superbement audacieux. C'est ici que le côté légendaire s'affirme. Quel ne fut pas, en effet, l'immense surprise qui envahit les imaginations, à cette époque encore plongée dans les ténèbres, devant ce travail prodigieux, lorsque, de nos jours, en plein siècle d'analyse et de lumière, son exécution première fait tomber de très bons esprits dans de profondes-hérésies. C'est à ce sujet que M. de Réaumur a pu écrire : « Il est certain que peu de serruriers, aujourd'hui, oseraient entreprendre un pareil ouvrage. Plusieurs, même, ont imaginé que les pentures avaient été jetées au moule et que Biscornet — c'est le nom du serrurier qui les a faites — avait le secret de faire du fer moulé de qualité du fer forgé. » A cette citation nous ajouterons quelques lignes de la page 104 du Dictionnaire d'Architecture précité : « Du reste, examinons ces pentures, en laissant de côté ces appréciations plus ou moins rapprochées de la vérité. Comme nous en avons fait fabriquer d'absolument pareilles par l'habile serrurier M. Boulanger, nous pouvons en parler avec connaissance exacte des moyens employés ou à employer. Naturellement, la première opération consiste à
dessiner un carton de la penture qu'on prétend faire forger, grandeur d'exécution, carton qui sert de patron pour forger et étamper d'abord toutes les brindilles ensemble, suivant le dessin, pour en former les bouquets; puis on soude les tiges à la bande principale, on donne aux tiges la courbe voulue. Autant pour masquer que pour consolider les soudures, on rapporte à chaud et l'on soude, par conséquent, d'autres feuilles ou embrasses, bagues, embases et ornements sur le plat de ces soudures premières... »
Comme suite aux données principales résumées dans ce qui précède, nous commencerons la démonstration du travail de la penture par le mode d'exécution du bouquet du haut figurant dans notre dessin, nous donnerons les détails de l'ensemble de la pièce au fur et à mesure de son avancement, jusqu'à ce que nous soyons arrivés à la réalisation de son ensemble, qui doit être l'image du modèle.

fer forgé
 Fig. 1. —-Dessin d'ensemble du bouquet qui termine la penture. Il est évident qu'une fois le dessin bien arrêté la première opération consiste à faire un original de chaque modèle de feuilles, rosaces, boutons, têtes de chimères, façonné en acier, sculpté au burin et ciselé selon la forme de chaque pièce, en ayant soin de laisser sur le bord des empreintes une légère inclinaison qui permettra de faciliter la dépouille de la pièce étampée. Chaque modèle ainsi préparé, on les imprimera à chaud dans un bloc d'acier qui servira à façonner l'étampe.
A la fin de l'étude qui nous intéresse, nous donnerons le dessin séparé de chaque partie d'ornements contenus dans la penture; par cela même nos lecteurs pourront se faire une idée exacte du prodigieux travail qu'il faut accomplir avant de commencer à entreprendre la première soudure.
L'étampe peut être préparée de plusieurs façons, sur une enclume ou sur un tas, en la fixant toujours solidement pour recevoir les coups de marteau qui doivent imprimer la pièce, comme l'indique la figure 11, qui représente une manière de procéder assez usuelle. La pièce étant engagée dans le trou de l'enclume, où se place ordinairement le trancher, pour pouvoir la claveter et empêcher qu'elle ressaute. Un autre procédé, qui
nous semble plus pratique, moins difficile à suivre, consiste à forger les blocs d'acier formant queue d'aronde et à les caler fortement avec des coins en fer sur un tas également en fer ou en fonte. A notre avis, c'est la prise qui offre le plus de résistance. On peut procéder alors au façonnage de toutes les feuilles, en commençant toujours par donner une chaude ressuante pour étirer la tige; puis forger la masse, suivant la forme que l'on veut imprimer par une chaude à blanc, frapper vivement son fer pour ne pas fatiguer l'étampe par suite du refroidissement rapide de ce premier; enfin on ébarbe les pièces à la lime. A ce sujet il est utile de bien calculer la masse de fer à faire passer dans l'étampe pour éviter les inégalités d'épaisseur et un ébarbement coûteux. Par une opération complémentaire, on étire les tiges de la longueur voulue en laissant toujours un talon pour la soudure.
Fig. 2. — Première feuille qui forme le point de départ sur laquelle viendront se souder les deux branches principales; à la naissance de cette première feuille est soudée à plat une petite tête (ire soudure).
Fig. 3. — Ensemble d'une des branches, état des différentes soudures, bouquet du haut, réunion des trois feuilles soudées ensemble par côté (2e soudure) ; après cette soudure, la tige est passée dans une étampe qui profile la naissance des trois tiges jusqu'à l'endroit où la graine sera soudée par côté (3e soudure); de la graine à plat (4e soudure); fleur et tête (5e soudure); par côté, graine soudée à plat (6e soudure); la tige doit être allongée par un morceau de fer soudé par amorce (7e soudure); passée ensuite à l'étampe pour la profiler jusqu'à la naissance de deux motifs de chaque côté; deux fleurs soudées ensemble (8e soudure); côté droit, même opération (9e soudure); fleurs soudées à plat (10e et 11e soudures); tête soudée à plat (12e soudure); enfin (13e soudure) profilée et amorcée pour la soudure sur le bouquet du milieu.
Après cette série de travaux de soudures, la pièce doit sortir très propre et bien profilée des mains du forgeron; alors, on commencera à rouler le haut de la volute (fig. 4) le plus qu'il est possible pour ne pas entraver la manipulation et donner avec plus de facilité les chaudes nécessaires aux soudures des branches. C'est par le commencement du bouquet que l'ouvrier opérera sa première soudure. Pour l'apprêt de celle-ci il est essentiel de bien saisir les pièces dans de fortes tenailles disposées à cet effet, afin de les maintenir solidement entre elles. Autant les procédés de préparation seront ingénieux, autant ils faciliteront la tâche de l'ouvrier qui sera certain de l'heureux résultat de son travail. Ainsi entenaillés et bien assemblés, on soudera les motifs du milieu et les deux branches de la même chaude (14° soudure).
Fig. 5. — État de la soudure terminée. On soudera ensuite à plat la feuille qui fait suite à la tête dans le milieu du bouquet et la fleur de lys, pour les parties de droite et de gauche (15e et 16e soudures); ce qui nous donne, pour cette première partie de démonstration du travail de forge, un total de trente chaudes à souder.
Fig. 6. — Groupes de feuilles accompagnant le bouquet :

1er Groupe 3 fleurs soudées ensemble... 1ere soudure.

2e — 2 fleurs soudées ensemble... 2° soudure.

3e — 3 fleurs soudées ensemble... 3° soudure.

4e — 4  fleurs soudées ensemble... dont deux séparément, 4e et 5e soudures.

Puis les groupes 1 et 2 viennent se souder ensemble (6e soudure) ; également les groupes 3 et 4 (7e soudure), pour s'unir et ne former qu'une seule pièce par une 8e soudure qui complétera le bouquet, soit un total de 16 soudures.
Fig. 8. — Présentation du bouquet, toutes les branches de côté soudées figurées par moitié de la pièce (fig. 9).
Fig. 9. — Groupe de feuilles venant se souder à plat (fig. 8), représenté par moitié sur le même dessin. Les deux feuilles du haut, de chaque côté, sont soudées ensemble (1ere soudure); la tête soudée à plat dessus (2e soudure); une graine et une fleur, soudées ensemble (3e soudure); deux fleurs soudées ensemble (4e soudure). Toutes ces pièces sont assemblées et réunies par une 5e soudure pour former le bouquet qui
doit venir occuper la place à côté du collier (fig. 8). Enfin les figures 8 et 9 seront accouplées par une 6e et dernière soudure, ce qui donne pour la formation du bouquet une série de onze soudures.
D'après notre étude, le collier ou embase, tel que le représente le dessin d'ensemble, doit servir à préserver dans les soudures la naissance des tiges approchant le foyer; ce qui nous le démontre bien, c'est que la série des petites feuilles peut être enlevée du collier même après la chaude. Nous trouvons ce procédé des plus habiles. Il suffit donc de préparer un collier assez large qui couvre une partie des feuillages en l'enserrant
de près, en amincissant les bords tout en laissant plus d'épaisseur à la partie que l'on doit souder et former les profils; on évide ensuite les petites feuilles au burin. L'embase est également profilée au burin. Nous devons indiquer que cette embase doit former crampon pour souder d'abord les côtés et pour qu'elle se maintienne sur le corps de la penture.
Ce qui constitue pour cette première partie de démonstration un nombre total de cinquante-sept soudures.

ARMATURE DE CLOCHE EN FER FORGÉ

fer forgé

Le projet d'armature de cloche en fer forgé que nous présentons aujourd'hui n'offre point de grandes difficultés d'exécution pour l'ouvrier habile; mais il aura, par sa démonstration, un grand attrait pour les débutants qui ont besoin de se familiariser avec les notions de la ferronnerie.

fer forgé
Nous considérerons donc ce travail comme une étude avancée qui nous permettra d'aborder peu à peu le travail de forge.
Fig. 1. — Plan d'ensemble.
Fig. 2. — Développement de la volute du haut avec l'indication des différentes soudures qu'elle comporte.
Pour procéder à son exécution, il s'agit de prendre le développement de chaque rinceau, sur son plan d'ensemble tracé de grandeur exacte d'application du dessin, avec un fil souple pour établir la longueur des fers. — Rouler les noyaux. — Pour y procéder, il est essentiel, au préalable, d'aplatir le bout de son fer en sifflet en le roulant sur lui-même de la grosseur voulue.
Avec la panne du marteau mater la bavure qui s'est produite en aplatissant le fer en sifflet, de façon à boucher les traces que le fer laisse en le roulant, puis donner une petite chaude à ressuer en arrondissant le noyau. On commence ensuite à faire la naissance de la volute au marteau et à la griffe. S'il y en a beaucoup à exécuter, on emploiera un faux-rouleau.  Le noyau qui figure au dessin sert à la fixation de la rosace du milieu. Il est inutile, pour cela, de faire un noyau rond; on peut le rouler simplement sur un mandrin qui formera le trou demandé. Les autres volutes sont coudées à angle et retournées.
Pour réunir les volutes entre elles en les soudant on doit, comme point de repère, donner un coup de pointeau à la naissance de la soudure, en ayant soin de refouler légèrement son fer à cet endroit. Puis on réunit les morceaux par deux, trois ou quatre, aux coups du pointeau, en pinçant solidement les fers ensemble au moyen d'une forte paire de tenailles appropriées à cet usage dont les branches sont retenues par un anneau comme l'indique notre figure 11.
On peut alors procéder à la soudure, et nous ne saurions trop le redire, apprendre à voir chauffer son fer dans le foyer, c'est devenir à moitié forgeron; et si nous insistons sur ce point, c'est que malheureusement l'ouvrier qui commence son apprentissage ne comprend pas toujours l'attention toute particulière qu'il doit apporter aux diverses branches du travail principal de la forge, du repoussé et de l'ajustage qui lui d'exécuter une œuvre permettra entièrement faite de ses mains. C'est aussi pour les mêmes raisons que nous exprimerons, à ceux qui ne se cantonnent pas dans une spécialité quelconque du métier, qu'il ne suffit pas de mettre son fer dans le foyer, de tirer sur le soufflet pour le chauffer, de le faire ressuer pour le souder, mais qu'il ne doit point le quitter des yeux, diriger son feu de façon à arriver au degré de chaude nécessaire pour subir la soudure.
Fig. 3. — Feuilles et fleuron présentés prêts à être soudés sur la tige. L'apprêt de ces pièces fait beaucoup pour l'heureuse réussite de ce genre de travail. La feuille est d'abord étirée dans du fer, forgée à plat et découpée ensuite selon la forme à lui donner; elle doit être emboutie avant la soudure. L'amorce doit se replier sur la tige en serrant deux feuilles à la fois; on soude premièrement ces deux feuilles et, après, les deux autres de la même manière.
Une dernière opération reste à faire : c'est la soudure au collet du fleuron qui est certainement délicate et difficile, car on risque fort de brûler les feuilles si l'on n'est point sûr de soi. Cette chaude terminée, l'ouvrier donnera la forme définitive d'après le modèle (fig. 5).
Fig. 4. — Développement de la volute du dessous. La feuille qui la termine est forgée, puis découpée suivant la figure 6, emboutie a
chaud et terminée à froid au marteau. Elle vient ensuite se souder par amorce sur la volute.
Fig. 7. — Découpe de l'applique dans du fer plat. Découpée à chaud au ciseau, suivant le dessin et modelée ensuite.
Fig. 8 et 9. — Découpe des rosaces posées sur chaque noyau des deux volutes principales embouties au marteau.
Fig. 10. — Pièce forgée devant recevoir la cloche avec embase moulurée.
Fig. 11. — Présentation de deux fers par une paire de tenailles prêts à recevoir la soudure.
L'ensemble du montage des volutes est fixé par des clous à tête carrée et pointe de diamant sur l'applique. Les embases sont moulurées au burin et à la lime. Nous ajouterons que, pour pousser une moulure bien régulière, bien droite, à la lime, il faut une bien grande habitude pour imprimer à cet outil le mouvement qui doit produire un trait bien croisé.

CHENET DE CHEMINÉE EN FER FORGÉ

fer forgé
Fig. 1 — Coude sur angle.
Pour obtenir le résultat de ce travail qui offre certaine difficulté, le fer carré doit être refoulé en bout de façon à obtenir un congé et former l'angle vif du coude. Ensuite on apprêtera la surface du fer en amorce pour faire la soudure en bout du fer carré qui doit faire suite à la tige. Pour cela, une étampe d'angle est nécessaire pour donner assise au fer au moment de la soudure, comme l'indique la figure précitée.
En règle générale, pour procéder à cette opération, il est indispensable de chauffer les deux parties du fer bien à point, en ayant soin de tenir dans une position verticale, dans le foyer, la partie à encoller en bout sur la pièce coudée, de manière à ce que l'action du feu atteigne le milieu du fer.
Notons, en passant, que la soudure en bout offre bien plus d'inconvénients à celui qui n'est point maître de son feu et présente beaucoup moins de résistance que la soudure par amorces. Pour la soudure qui nous occupe, s'il arrivait que le feu entamât par trop le fer, il serait bien difficile d'y remédier, à moins de refaire les deux pièces. En outre, il se produit souvent qu'une soudure en bout laisse des vides dans le corps des fers, après la chaude, par ce fait que les angles ont toujours à souffrir de l'action du feu. C'est principalement dans ce genre de soudures qu'il faut surveiller son fer dans le foyer, avec la plus grande attention.
En suivant la marche d'exécution du travail, objet de notre démonstration, tel que l'indique notre dessin d'ensemble, l'embase qui vient se souder presque au collet du coude d'angle, doit être roulée sur-un mandrin carré et soudée sur la tige, ensuite dégrossie et moulurée au ciseau à chaud. Puis il sera procédé par une soudure en amorce afin d'allonger la tige du chenet en fer carré, jusqu'au-dessous de la seconde embase, où la tige se présente de face.
Fig. 2. — Volute double, roulée dite : Corne de bélier, forgée et refoulée d'un bout pour être soudée à chaude portée sur la tige carrée. Ensuite la seconde embase, de même que la première, vient se souder en amorce avec le prolongement de la tige.
Fig. 3. — Anneau en fer tordu à chaud, roulé et tournant dans un gousset fixé
sur le chenet avec une tige rivée.
Fig- 4- — Découpe à plat de la feuille qui surmonte les pieds (la petite feuille du
haut, forgée et étirée, fait partie de la même pièce, ainsi que le dessin l'indique), après l'avoir martelée et lui avoir donné la forme à chaud vu son épaisseur nécessaire pour supporter la soudure de la troisième embase. Quant à la graine qui surmonte la feuille, elle est soudée dessus après le modelage.
Fig. 8. — Support de la barre à feu, forgée et reportée sur le chenet avec un
tenon rivé.
Fig. g. — Découpe à plat de la feuille forgée et emboutie (motif du milieu).
Fig. 10. — Profil du motif de milieu. La rosace est enlevée au burin et les feuilles
(fig. 9) sont soudées ensuite dessus.
La série des travaux que nous venons de démontrer se poursuivra par la façon des deux pieds dont les griffes sont enlevées dans la masse, à la forge, au dégorgeoir et au ciseau à chaud.
Fig. 7. — Coupe de la soudure des deux pieds, préparée pour recevoir le motif du
milieu. — La soudure des deux pièces doit s'opérer à chaude portée. Cette soudure terminée, on amorcera le bout suivant la figure 5, pour venir faire celle de la partie haute du chenet, soudure qui doit fournir le résultat d'ensemble.Après cette suite d'opérations vient la soudure des feuilles forgées.qui doivent être soudées en même temps que l'embase. Elles seront préparées et ajustées sur le corps du chenet au moyen de rivures les fixant solidement pour les tenir pendant la chaude.
Fig. 6. — Le collier sera préparé de même en deux parties et fixé au milieu au
moyen d'une rivure.
Le travail étant ainsi préparé, on devra s'apprêter à subir une épreuve qui présente de bien grandes difficultés : un des tours de main les plus forts du métier. A ce sujet nous ne saurions assez insister sur les principales précautions à prendre.
1° Préserver les feuilles du haut (fig. 5) en les entourant de fil de fer assez fort, roulé très étroitement de chaque côté de l'embase. 20 La pièce devant être retournée assez souvent pendant la chaude, préparer son feu avec du charbon à demi consumé, de façon à pouvoir le regarnir. Au moment où le fer commence à ressuer, le foyer est difficile à bien se maintenir; il faut donc le recouvrir avec soin, conduire le feu doucement, attendre que le fer chauffe profondément et avec régularité, ce que donne la grande connaissance de la forge, car c'est la grosse difficulté du métier de chauffer le fer sans griller les parties minces avant que les parties massives soient chaudes à point.
En un mot, c'est l'instant où l'ouvrier se trouve complètement captivé par cette attention qui doit aboutir au résultat final de ce travail qui mérite une mention toute particulière sur ses procédés d'exécution.
Après nous être appesanti sur des recommandations du plus grand intérêt qui étaient utiles pour compléter notre démonstration, nous ajouterons que s'il arrivait que l'opération de cette dernière soudure fût manquée, une partie importante du travail serait totalement perdue; c'est surtout sur l'une de ces chaudes que l'on peut apprécier la véritable valeur de l'ouvrier habile. Notre sujet est bien choisi pour faire ressortir tout ce qu'il y a de passionnant dans le travail de l'artiste forgeron.
Il est imprudent, nous diront sans doute quelques-uns de nos lecteurs, de courir au devant de risques aussi sérieux pouvant anéantir la plus large part d'un travail aussi durement conquis, quand on pourrait y suppléer par d'autres moyens moins difficiles en rapportant les feuilles par un ajustage rivé. Certes oui, et c'est ce qui arrive dans le plus grand nombre de cas. Mais pour celui qui aime et pratique son métier, le travail n'a de valeur à ses yeux qu'autant qu'il y a eu de difficultés à vaincre sous quelques formes qu'elles se présentent.
Le talent ne s'acquiert véritablement qu'à cette seule condition.

GRILLE EN FER FORGÉ

fer forgé

Grille en fer forgé très originale, une épure magnifique et une réalisation qui nécessite beaucoup d'heures de travail.

TABOURET EN FER FORGÉ

Superbe tabouret de piano en fer forgé, avec travail de volutes et de feuilles en métal repoussé.
fer forgé

HORLOGE EN FER FORGÉ

Nous croyons intéresser nos lecteurs en leur donnant dans ce numéro une étude sur un objet d'ameublement qui a été fort peu traité en ferronnerie, surtout dans ces dernières années. Et cependant, dans les différentes expositions universelles, tant à Paris qu'à l'étranger, l'horloge a toujours été une pièce que l'ébéniste et surtout le fabricant de bronze se sont plu à présenter au public. Et ceci est très compréhensible, car l'horloge, par ses dimensions monumentales et son ensemble architectural, peut prêter à toutes sortes de combinaisons ornementales, où la verve de l'artiste peut s'exercer en toute liberté. Pourquoi le ferronnier ne pourrait-il pas, lui aussi, fabriquer une horloge qui serait certainement appréciée aussi bien par les artistes que par les
amateurs?
Au moment où le fer forgé devient de plus en plus en faveur auprès du public, et surtout aussi parce qu'il peut se prêter, comme nous l'avons prouvé plus d'une fois, à toutes les décorations des objets d'ameublement, il nous a paru utile, sinon nécessaire, de faire un essai en publiant cette étude, dont les ferronniers pourront tirer parti ou tout au moins s'inspirer, s'ils ne veulent copier servilement le dessin que nous reproduisons. Nous espérons susciter parmi nos confrères une certaine émulation qui aura peut-être pour résultat une floraison très variée, très affinée des productions de l'Art de la Ferronnerie à l'Exposition de 1900.

fer forgé
Nous donnons comme toujours une vue d'ensemble, l'élévation et les plans de détail de la composition que nous nous proposons d'étudier. La figure 2 nous donne le plan de la cage : celle-ci est composée de plaques de tôle ajourées et de forme rectangulaire. Les tôles de côté, dont l'une sert de porte, sont assemblées par des cornières dans toute leur hauteur. Trois ceintures, une au-dessus du cadran et deux au-dessous, à la hauteur des embases des colonnes qui forment le cadre de la cage, servent à donner à celle-ci une forte structure et un solide assemblage.
La partie supérieure de la. cage est surmontée d'une sorte de dôme ajouré, composé de quatre arceaux, dont les courbes se terminent par un fleuron central. Ces arceaux sont réunis à leurs points culminants par une bague prenant la forme d'une petite colonne aplatie. Le fleuron est vissé dans le chapiteau de cette colonne. Nous ne donnons pas le détail de fabrication de ce fleuron, pas plus que celui des quatre autres disposés au-dessus des colonnes de supports aux quatre coins de l'horloge. Nous avons eu déjà maintes fois l'occasion de donner la manière de procéder.
Le timbre de la sonnerie qui forme la partie intérieure du dôme est vissé sur un culot; celui-ci fait partie d'une tige ronde qui sert à maintenir le timbre au-dessus du mouvement de l'horloge.
La frise qui couronne la partie supérieure de la cage est en tôle découpée et repoussée; elle est coudée à l'équerre et fixée sur la tôle qui recouvre le haut de la cage. Cette frise est divisée en deux parties par la ceinture dont nous avons parlé et la partie inférieure de la frise est fixée sur cette ceinture et un peu en saillie.
Les colonnes torses et leurs ornements sont d'une seule pièce. La figure 8 donne tous les détails de construction et profils de ces colonnes et des embases qui en font partie. La figure 3 donne le détail des cornières, la coupe de la ceinture et l'assemblage d'angle des tôles.
Figure 4. —- Coupe des quatre arceaux.
La figure 5 représente l'assemblage d'un arceau avec la colonne et le fleuron qui la surmonte.
Figure 6. — Détails de la patte d'assemblage.
Figure 7. — Réunion des quatre arceaux par une bague.
L'horloge, une fois montée et toutes ses parties assemblées, est posée sur deux
supports dont les consoles sont formées par deux chimères. Celles-ci sont fixées sur une applique en tôle découpée ou en fer forgé qui s'adosse à la muraille à laquelle elle est solidement fixée.
Les deux chimères forment la partie intéressante de cette pièce de ferronnerie et lui donnent une grande partie de son prix. Si on ne veut pas s'astreindre à forger ces chimères, on peut les remplacer par deux volutes qui pourront également former console, mais l'œuvre ne présentera pas le même aspect d'originalité.
La figure 1 donne la silhouette de la chimère et permet d'en concevoir facilement l'exécution. Les différentes figures 9 donnent, à l'état rudimentaire, le dessin des pattes et des ailes qui sont forgées et apprêtées, séparément. Aux différents endroits où doivent être fixées les ailes et les pattes sur le corps, on perce des trous pour y introduire les rivets qui serviront à réunir les différentes pièces afin de faciliter la soudure des dites pièces et de constituer la chimère telle qu'elle est représentée sur notre figure d'ensemble. Le fini est donné par la sculpture au burin.
Les deux poids, tels que nous les avons figurés, sont composés d'une boîte de forme cylindrique recouverte d'un cercle en tôle découpée et ajourée; à l'intérieur de cette boîte, on place les plombs destinés à se faire contrepoids et à assurer le mouvement de l'horloge.

OUTILS POUR LE REPOUSSÉ AU MARTEAU

Avant de pénétrer plus avant dans l'étude du repoussé et de lui donner tous les développements qu'elle comporte, nous croyons nécessaire de faire une description exacte et détaillée des principaux outils indispensables à tout ouvrier qui veut faire du repoussé au marteau. Nous ne prétendons pas faire un cours complet, mais nous donnons quelques développements à cet intéressant sujet, car nous croyons très justifiée notre façon de donner certains enseignements. Si quelques-uns d'entre nous, se sentant piqués au vif, semblent nous en vouloir d'insister sur certains détails, nous leur dirons qu'à ceux qui croient ne rien avoir à apprendre, nous laissons toute liberté de critique, mais nous leur laissons aussi le droit de piétiner sur place. Ce ne seront pas ceux-là qui seront les premiers, ni les plus remarqués aux expositions, et ce ne sera pas à eux que pourront aller les récompenses et les distinctions. Ceux-là non plus n'auront pas la satisfaction d'avoir concouru au relèvement d'une industrie artistique et d'avoir collaboré à l'œuvre commune dans le développement de l'art décoratif français.
Nous posons en principe qu'un art industriel, quel qu'il soit, pour progresser et se répandre, doit avoir à son service des ouvriers habiles, connaissant leur métier dans ses moindres détails et capables d'exécuter en entier toutes les parties d'une même œuvre. Le repoussé au marteau est un métier si étroitement lié à celui du ferronnier, qu'il est de la plus haute importance, nous dirons même indispensable, que la plupart d'entre nous le connaissent, sous peine d'être réduits dans certains cas à l'impuissance ou de se voir arrêtés dans l'exécution d'un ouvrage qui se trouvera dénaturé ou ne présentera pas toutes les qualités d'ensemble si des ouvriers de tempéraments différents y mettent la main.
Nous ne saurions trop répéter à nos ouvriers d'art de s'engager dans la voie que nous indiquons, car leur intérêt, tout comme celui de notre corporation tout entière, est de ne pas laisser la production étrangère prendre place à côté de la nôtre.
L'Allemagne, la Suisse et l'Autriche ont des ouvriers ferronniers en beaucoup plus grand nombre que nous n'en avons en France. La plupart ont une instruction artistique assez étendue. Cette supériorité leur permet de se répandre dans nos ateliers et d'envahir de plus en plus toutes nos maisons de ferronnerie.
Nous avons même pu constater qu'en Amérique, où l'art du fer forgé, a pris un si grand développement, les principes fondamentaux de la composition ornementale et de l'exécution ont été empruntés aux Allemands. Nous serions heureux de voir cet état de choses prendre une face nouvelle; il faut pour cela que quelques-uns d'entre nous se mettent hardiment et avec courage, à la besogne, pour mettre des obstacles à tout envahissement et réduire, autant que possible, la concurrence étrangère tout au moins dans notre cité.

Nous empruntons quelques-unes de nos reproductions à l'Encyclopédie des Arts et Métiers de Diderot (1750); nous trouvons, également dans cet ouvrage, les dessins d'une série d'outils et quelques sujets d'études, comme la découpe à plat des culots et de certaines feuilles. Les renseignements que nous pouvons puiser dans cet ouvrage nous montrent tout l'intérêt que nos devanciers avaient à répandre leurs procédés de fabrication; ils nous ont mis sur une voie toute tracée dans laquelle nous n'hésitons pas à nous engager afin de rendre les mêmes services à notre corporation.

fer forgé


Parmi les douze marteaux que nous reproduisons, ceux qui portent les numéros 1, 2, 3 et 4 sont à boule ronde; les numéros 5 et 6 sont, l'un à face carrée, l'autre à face rectangulaire et servent à planer. Le numéro 7 est à double emploi: une de ses faces sert à planer, l'autre est arrondie. Les numéros 8, 9 et 10 sont à double panne arrondie et de différentes épaisseurs comme l'indiquent les coupes.
Le marteau numéro 11, que nous représentons avec son manche, est d'un côté à patine plate et de l'autre côté à panne sur champ. Le numéro 12 est à face carrée et à panne sur champ.
Les figures 13, 14 et 15 représentent des tas à doubles boules que l'on serre dans l'étau et que l'on utilise pour planer. Le numéro 16 est un tas appelé tranche et les numéros 17 et 18 sont des tas de forme ovale. Les figures 19, 20, 21 et 22 représentent, dans l'ordre où nous les nommons, un tas portatif, un tas servant à dresser et à planer, un faux rouleau à fer carré et un tas que l'on emploie pour plisser.
Nous allons passer maintenant en revue les divers usages que l'on fait de ces différents outils. Les marteaux à boules rondes servent à emboutir et à donner des formes rondes. Le marteau à face carrée sert à planer les parties déformées et à donner de la netteté à l'objet. Pour planer on emploie le marteau à face rectangulaire; il en fait également usage dans bien d'autres cas, à cause de sa forme qui permet d'atteindre les refents de très près et de passer librement dans les endroits peu accessibles.
Le n° 8 est aussi d'une grande utilité; il permet en même temps de tirer les côtes et de planer. Les nos 9 et 10 servent à faire les côtes des feuilles. On emploie les marteaux qui portent les nos 10 et 12 pour étirer les feuilles de tôle et leur faire prendre une forme cintrée.
Les tas à boules rondes {fig. 13, 14 et 15) sont employés pour planer les formes. La figure 16 représente une tranche. Nous ne donnons ici qu'une seule forme de cet outil, mais il est bien évident qu'elle seule ne peut suffire et que le repousseur doit en posséder deux ou trois de dimensions différentes.
C'est un outil qui est de la plus grande utilité dans le travail du repoussé. Après avoir fortement serré la tranche dans l'étau, on applique sur elle la plaque de tôle, puis en frappant à défaut sur celle-ci on fait remonter le métal pour faire ressortir les côtes des feuilles. Ce n'est qu'avec une certaine habitude que l'on arrive à de bons résultats en se servant de la tranche et du marteau.
Les numéros 12 et 15 représentent des tas de forme ovale, sur lesquels on ramène les formes d'une feuille. Le numéro 19 sert à donner le cintre aux feuilles. Celui qui est représenté à la figure 20 sert à planer.
Le faux rouleau représenté sur la figure 21 est. employé pour donner une première forme à une feuille qui doit recouvrir un fer plat ou carré. Pour arriver à ce résultat on pince fortement dans l'étau les extrémités de la feuille et du fer et on rabat là tôle de chaque côté du fer. Le tas de la figure 22 sert à donner les premières formes pour obtenir ensuite les côtes des feuilles.



BRAS DE LUMIÈRE EN FER FORGÉ

fer forgé
Magnifique applique bougeoir en fer forgé, travail d'une grande finesse utilisant les techniques de forge et de repoussé et relevé au marteau.

LUSTRE EN FER FORGÉ

Nous sommes heureux de pouvoir donner aujourd'hui le plan, les détails de construction et l'aspect d'ensemble d'un lustre pour éclairage électrique. Que ne peut-on imaginer, que ne peut-on créer pour permettre à cette lumière, presque mystérieuse il y a quelques années seulement, pour lui donner les moyens de jeter ses feux éblouissants dans nos demeures. La petite ampoule de si grande intensité lumineuse peut trouver sa place dans tous les coins d'un salon, aussi bien sur la cheminée que sur un meuble décoratif dont elle sera un motif d'ornementation, ou bien elle pourra se trouver sur les murs, à la hauteur qu'il plaira; directement appliquée au plafond, elle projettera sa lumière tout comme une brillante étoile.
Le mince fil conducteur de l'électricité semble désirer, pour l'accompagner, une ornementation aux lignes un peu frêles; il s'accommode mal de lourds et massifs ornements; il attire forcément une ornementation nouvelle, très délicate, très fine, un peu capricieuse et surtout pleine d'originalité. Comment supposer que les lustres, les vulgaires chandeliers ou les appliques pour bougies puissent: être transformés et subir une adaption propre à cette lumière sans flamme vacillante, de coloration jaune et d'intensité si merveilleuse? Pour sortir de la banalité, du déjà vu, il faut à l'artiste une imagination que l'on pourrait qualifier, de toute neuve, une imagination où n'aurait pas pénétré l'image, des styles anciens, ni les formes connues. La vue seule de ces fils d'une ténuité extrême, dissimulant une grande force et une énergie incomparable, devrait inspirer l'artiste et lui suggérer en quelque sorte une décoration nouvelle. Sa tâche est facilitée par la nature même de l'éclairage électrique, qui ne nécessite aucun tuyau de conduite comme le gaz, ni appareils de propreté, ni disposition spéciale sur les meubles ou aux murs des salons.
Le projet que nous avons étudié aujourd'hui paraîtra peut-être, à première vue, un peu compliqué dans ses détails. Mais une étude attentive de cette composition permettra de voir qu'elle peut être transformée de bien des manières tout en lui conservant son effet d'ensemble. Ce lustre prête à de nombreuses combinaisons; nous en indiquerons quelques-unes.
fer forgé

Si l'on veut augmenter le nombre des lampes électriques, il suffira d'ajouter quatre nouvelles rosaces par exemple. Chaque motif qui fait suite aux volutes peut recevoir un bouquet de lampes. L'ornementation qui forme le remplissage du quart de la circonférence pourrait également être transformée pour y ajouter quelques lumières.
L'importance du travail de ferronnerie peut aussi être diminuée en supprimant une partie de l'ornementation. Quelle que soit la disposition adoptée, le groupement des lumières pourra toujours se faire très aisément, grâce à la composition conçue sur un plan pratique.
La figure 1 donne le plan du lustre avec la disposition des arcs et des montants venant se fixer sur un double cercle. L'ensemble représente une sphère divisée en huit parties par des arcs en fer méplat, qui viennent se fixer sur les traverses comme l'indique la figure 1. L'extrémité du fer est légèrement refoulée de façon à obtenir une petite embase moulurée. Celle-ci est percée d'un trou pour le passage du tenon.
Le montant en fer creux sur lequel est fixée l'embase qui reçoit les goujons, est rapporté sur le fer creux et brasé.
Les montants sont fixés par une embase brasée sur-laquelle ils sont fixés avec empattement sur le double cercle où tous les montants viennent s'attacher. Sur ce cercle vient également s'ajuster la branche de remplissage, qui sert d'ornement à chaque quart de sphère. Les montants ainsi assemblés (fig. 2), le vide qui reste entre les deux cercles du milieu permet de faire la jonction des fils avec facilité.
Chaque arceau est surmonté d'une volute (fig. 6) qui est assemblée avec le croisillon, lequel se termine au centre de l'arceau par un fleuron.
La figure 4 nous donne le détail du cercle qui termine chaque montant, qui distribue la lumière par un bouquet de cinq lampes. Quatre lampes sont également disposées sur le pourtour du cercle. Celui-ci est en fer plat dont nous n'indiquons pas la dimension, parce qu'elle dépend de l'importance que doit avoir le lustre. Un second cercle est mouluré et assemblé avec le premier. Le croisillon qui doit les relier au lustre et avec les volutes est fixé avec des équerres.
La figure 4 donne la coupe et le détail de la tige en fer creux donnant passage aux
fils qui sont reliés au bouquet. Une embase est fixée sur l'extrémité de la tige. Celle-ci est reliée par des vis avec une pièce qui reçoit les cinq branches de lampes. Le tout est réuni au croisillon et à la rosace qui occupe le milieu du cercle; Un petit culot vient recouvrir la naissance des tiges.
La figure 5 représente la vue en plan du cercle.

LE REPOUSSÉ ET LE RELEVÉ AU MARTEAU

Le travail du métal quel qu'il soit, or, argent, cuivre, fer, plomb, réduit en feuilles de faible épaisseur pour lui faire prendre ensuite sous les coups de marteau toutes sortes de formes, constitue ce qu'on appelle le repoussé ou le relevé au marteau. Ce procédé de fabrication à été employé dès la plus haute antiquité; on peut même dire que la fonte des métaux et la forge ont été peu connues par les premiers fabricants d'armes et les premiers orfèvres. On a retrouvé dans les fouilles qui ont été faites, aussi bien en Grèce qu'en Italie ou en France, des statues colossales, des armes défensives et offensives, des ustensiles, qui tous avaient été fabriqués au repoussé. Quelque peu abandonné pendant les premiers siècles de notre ère, le repoussé fut remis en honneur pour la fabrication de l'orfèvrerie par l'abbé Richard, qui dirigea, vers l'an 1004, les ateliers de la célèbre abbaye de Saint-Victor de Verdun. Et pendant tout le Moyen-Age de nombreux vases d'or et d'argent furent traités par ce procédé.

« Le marteau était le principal instrument des orfèvres, » nous dit le moine Théophile.

Le repoussé au marteau fut surtout employé au XVIe siècle pour obtenir des figures et des ornements en relief sur plaques de fer qui étaient ensuite enrichies de fines darrïasquineries d'or et d'argent. Mais c'est bien le serrurier-ferronnier et le fabricant d'armes qui furent les premiers et le plus souvent appelés par la grande variété de leurs ouvrages à employer le repoussé comme moyen de fabrication.
La première difficulté était alors de réduire le métal en plaques de faible dimension et de le travailler ensuite de façon à éviter les gerçures et les pailles. C'est par cette première épreuve que le ferronnier devait faire passer son métal afin de bien connaître la feuille qu'il devait façonner pour lui faire prendre la forme prescrite.
De nos jours, les matières premières sont livrées façonnées. L'ouvrier voit ainsi son travail réduit de beaucoup; mais ceci a ses inconvénients et ses avantages. D'abord la qualité du métal laissé souvent à désirer et est bien souvent cause de: difficultés qui nuisent à l'exécution parfaite des ouvrages soignés.

Le second inconvénient qui se présente lorsqu'on fait une partie du travail de l'ouvrier est que ce dernier opère sur un métal qu'il ne sait pas forger; or, pour être un bon repousseur, une des conditions essentielles est d'être d'abord un excellent forgeron.
Car à notre avis, si nous envisageons seulement le côté artistique d'une pièce de ferronnerie, toute autre considération mise de côté, il n'y a de vraiment beau et intéressant qu'une œuvre forgée et repoussée par le même artisan, qui saura lui donner un aspect d'ensemble que deux ouvriers collaborant à un même ouvrage ne pourraient obtenir.

fer forgé

L'ornementation en tôle repoussée présente sans contredit un réel intérêt; mais son application comme détail d'ornement doit être soumise à certaines règles qu'il est indispensable d'observer pour obtenir des effets artistiques qui n'aient rien de mesquin.
Il faut que la composition soit très mouvementée, opulente par les détails, riche dans sa décoration ; l'œuvre doit être fouillée et doit pouvoir supporter de nombreux ornements pour permettre l'emploi de ces grandes feuilles décoratives. On rencontre trop souvent dans certaines fabrications l'emploi de ces feuilles que l'on trouve apprêtées, collées sur des volutes sous prétexte de les décorer alors qu'elles ne font souvent qu'en dénaturer la forme et compromettre la ligne.
Il faudrait pourtant que ceci fût bien connu et qu'au moment où le fer forgé semble reprendre faveur auprès des architectes, chacun de nous s'appliquât à ne livrer que des ouvrages parfaitement ordonnés sous le rapport artistique comme sous le rapport de l'exécution. Sinon, nous ferons mépriser ou prendre en horreur le fer forgé et nous jetterons un discrédit sur toute notre corporation, qui, au contraire, a tout intérêt à voir se répandre un art industriel pour lequel les ouvriers habiles se recrutent de plus en plus difficilement, ce qui n'est pas sans porter un grave préjudice à nos intérêts ; car plus nous aurons d'ouvriers habiles, artistes, à la main bien exercée, plus nos prix seront abordables et plus nos œuvres seront répandues et appréciées.

Pendant toute la période qui nous sépare de la fin du siècle dernier, l'art du repoussé au marteau fut l'apanage, la spécialité de quelques-uns qui formèrent un cercle étroit, ou plutôt une sorte de corporation d'artisans qui se gardèrent bien de dévoiler un seul de leurs procédés. Ce n'était qu'avec hésitation et mille précautions que leurs œuvres étaient livrées au public ou aux ferronniers qui leur demandaient des sujets de décoration pour orner certaines de leurs œuvres. On ne comprend pas bien cette crainte qu'avaient des ouvriers à ne pas vouloir divulguer et répandre un art qui eût pris une expansion plus grande et aurait gagné en faveur auprès des amateurs, s'il n'avait été entouré de tant de mystères. Tous y auraient gagné, aussi bien le repousseur que le ferronnier et le public, si cette jalousie incompréhensible de quelques artisans n'était venue mettre une sorte de barrière entre eux et les autres corporations; eux-mêmes ont certainement nui de façon très grave au développement de l'art qu'ils dirigeaient : leurs productions ont subi le contre-coup fâcheux de cet état de choses qui ne leur permettait pas d'échanger des idées, de transformer et d'améliorer leurs procédés, tout en faisant subir à l'ornementation une impulsion vers un idéal nouveau, correspondant aux aspirations artistiques de l'époque à laquelle ils vivaient.

A l'heure actuelle, une science, un art, une invention, une découverte deviennent, de par la loi du progrès, propriété universelle. Chacun a le droit d'en tirer profit comme bon lui semble. A notre époque d'individualisme et de liberté d'action, ceux qui veulent encore garder pour eux certains secrets de fabrication pour n'en faire profiter qu'un petit nombre d'élus privilégiés ne peuvent longtemps dissimuler leurs secrets, car un plus habile ou un plus malin, mis sur la voie, trouvera bientôt un système plus ingénieux encore. C'est ainsi qu'il en est advenu de l'art du repousseur, qui, trop longtemps, a voulu imposer ses productions sans vouloir les modifier. Le forgeron s'est alors-passé de son concours ou bien a dû y suppléer. Nous voyons aujourd'hui quelques habiles artisans, soucieux des intérêts supérieurs de l'art, marcher de l'avant et nous donner enfin des œuvres dignes d'intérêt; mais ils sont malheureusement trop rares, et, puisque cette branche de notre métier est passée entre les mains d'ouvriers par trop inhabiles, on nous permettra de dire qu'il est préférable de laisser le fer sans ornementation plutôt que de dénaturer ses formes par l'emploi de feuilles estampées et sans valeur. C'est un essai à tenter, ou bien il faudra que le ferronnier, comme autrefois, soit en même temps un forgeron et un repousseur. Nous savons qu'on ne manquera pas de soulever de nombreuses objections et de nous montrer qu'il y aurait de grandes difficultés à vouloir transformer toute une production. On nous dira aussi que les travaux d'art ne sont plus assez répandus pour permettre d'entretenir dans des ateliers des ouvriers à la main habile et suffisamment exercée. C'est retomber dans des errements et manquer de logique que de prétendre pareille chose, car si un art veut se faire jour, s'il veut dominer et s'imposer, il faut, avant tout, qu'il soit une sorte d'envahisseur, de conquérant qui pénètre avec force partout. Or, le domaine de l'art n'a pas dé limites; sa force est dans sa beauté. Soyons nombreux et bien inspirés, soyons dès travailleurs et des artistes, et, comme nous le disions plus haut, le travail du fer, qui tend à prendre un nouvel essor, pourra se faire une large part dans les productions de l'art décoratif à notre époque.

Nous publierons toute une série d'études sur le repoussé et le relevé au marteau ; nous reproduirons de nombreux dessins où toutes les formes et tous les stylés employés jusqu'à aujourd'hui seront représentés. Des ornements nouveaux trouveront aussi leur place parmi nos reproductions.
Prenant comme premier sujet d'étude une feuille d'acanthe, dont nous donnons d'abord le dessin à l'état naturel, nous montrerons ensuite comment, par une série de refends, on arrivera à styliser la feuille et à lui donner divers aspects décoratifs, qui pourront s'allier avec l'ornementation qui l'environnera.

Le principal travail du repousseur est de préparer la découpe à plat de son modèle, ce qui, suivant les formes que l'on veut obtenir, présenté d'assez grandes difficultés, car, à part quelques modèles classiques, pour lesquels on trouve tout préparés les développements des surfaces ou tout au moins des indications suffisantes, aucune règle n'est indiquée ni pratiquée. Lorsque l'on veut modeler une feuille dont les détails ne sont pas nombreux et restent tous sensiblement dans un même plan, la difficulté n'est pas grande, et il est très facile, en suivant le dessin qui sert de modèle, de faire la découpe à plat. Lorsque certaines masses doivent en recouvrir d'autres, il faut, après avoir fait la découpe à plat, étirer la tôle pour lui faire occuper la place que doit prendre chacun des détails.


LA FORGE

Devenir un bon ferronnier n'est pas chose aisée. Outre le goût qui préside à tout art décoratif, cinq connaissances spéciales sont indispensables pour exécuter un travail d'ensemble et de même tempérament : le dessin, la forge, le repoussé, la sculpture et l'ajustage.
Examinons succinctement le rapport de ces connaissances entre elles, et leur application à l'art de la ferronnerie.
Le dessin permet à l'ouvrier intelligent de fixer sa pensée et de la traduire ensuite; il lui apprend.à respecter les formes et les contours et à reproduire fidèlement les compositions confiées à son exécution. Entre deux artisans de mêmes capacités au point de vue du métier, la préférence ira toujours à celui qui possédera le plus la science du dessin.
La forge donne naissance à toutes les autres parties. Elle est le point de départ de la mise en œuvre d'un travail.
Le repoussé ou relevé au marteau appartient à l'ornementation, qui consiste à agrémenter l'armature d'une grille, d'une rampe, par exemple, de feuillages, de rosaces, de mascarons, etc., de faible épaisseur, en fer aplati ou en tôle.
La sculpture permet de tailler, buriner dans la masse même, ainsi que l'on procède pour le bois ou pour la pierre. Le repoussé remplace dans la sculpture les pièces de gros volume dont la manipulation à chaud ou à froid présente de trop grandes difficultés.
L'ajustage consiste dans le travail d'étau fait à la lime pour l'achèvement d'une œuvre.
Le ferronnier d'autrefois possédait ces éléments à fond; les obstacles qui surgissaient a tout moment au cours de l'exécution d'une œuvre, par suite de l'insuffisance de son outillage, l'empêchaient de se spécialiser dans telle ou telle branche de son art, mais obligeaient à se parfaire dans chacune d'elles; aussi pouvait-il s'attaquer sans crainte a des travaux dont nous apprécions aujourd'hui toute la valeur.

De toutes ces connaissances, la forge est, sans contredit, la plus importante; c'est à elle que nous consacrerons la présente étude.
Nos devanciers faisaient usage de charbon de bois pour alimenter le foyer de la forge. Ils mettaient ainsi à profit les propriétés de ce calorique qui donne au fer une souplesse et un recuit particuliers, permet de le souder plus aisément et de le plier à toutes les exigences des œuvres d'art. Ajoutons que le métal dont ils se servaient était d'une pureté et d'une malléabilité à toute épreuve. Le foyer était actionné par un soufflet de cuir; ce système de ventilation a disparu de nos jours.
Un véritable forgeron, rompu à toutes les exigences du métier, ne se rencontre pas aussi facilement qu'on pourrait le supposer. Il faut des années de pratique pour devenir un ouvrier accompli. Un des points essentiels de l'art du forgeron repose sur la manière d'établir son feu pour chauffer sa pièce à l'endroit et au degré voulus; car le résultat dépend de ces deux premières conditions, et, s'il s'agit d'une soudure, d'arriver à présenter sur l'enclume deux fers chauds à point et bien sains.
De prime abord, ces conditions paraissent simples à remplir, et cependant, plus d'un ouvrier auquel on demanderait s'il est certain de réussir sa chaude du premier coup, au moment où il introduit son fer dans le feu, répondra négativement.
Tant d'inconvénients accompagnent cette opération que même l'homme véritablement sûr de sa longue expérience, lorsqu'il livre à l'action du feu un travail important, est comme enfermé dans une sorte de crainte qui l'étreint, s'empare totalement de lui, captive son attention et, au lieu de diminuer ses facultés, lui donne au contraire une énergie, une agilité, une précision dans le coup de marteau qu'il n'aurait souvent pas de sang-froid.
A quelle puissance fascinatrice ses sens obéissent-ils à ce moment? D'où lui vient cette appréhension? C'est qu'il livre au feu le produit de plusieurs journées d'un labeur souvent pénible et toujours consciencieux; c'est que sa soudure manquée peut anéantir le fruit de son travail : car, la plupart du temps, deux chaudes ne peuvent se succéder sans compromettre gravement le résultat définitif. Toutes ces émotions par lesquelles il passe font qu'il se passionne pour son métier et que, chaque fois qu'il en parle, il le fait avec un orgueil non dissimulé.
Le forgeron qui s'en remet plus au hasard qu'à de sérieuses connaissances techniques ou pratiques court au-devant de bien des mécomptes : il risque fort, par exemple, de voir son fer brûler ou se griller, se perdre dans le foyer ou, encore, de le retirer couvert d'un résidu qui entraîné la perte de la soudure.
Il est relativement facile de parer à ces éventualités : il existe, en effet, des moyens préventifs que nous allons exposer.
D'une manière générale, pour réussir une soudure on doit réserver la part du feu qui, bien souvent, se la fait lui-même très large, en refoulant son fer de telle façon qu'au cas où une chaude serait insuffisamment bonne, il soit possible de la doubler.
La connaissance exacte du métal employé est indispensable. Bien que nos métallurgistes nous rendent cette tâche quelque peu ardue à cause de la diversité des fers qu'ils nous livrent, cette notion s'acquiert par la pratique : elle a, du reste, une importance capitale.

Passons maintenant aux précautions dont doit s'entourer tout bon forgeron.

Le foyer sera, tout d'abord, l'objet de ses soins. Il disposera son feu de telle manière que le vent n'ait pas d'action directe sur la pièce et rie vienne pas paralyser ainsi l'effet de la chaleur; puis il s'assurera qu'il a sous la main du charbon à demi consumé en quantité suffisante pour pouvoir regarnir son feu sans avoir recours au charbon frais, qui en diminuerait l'intensité. Ces préparatifs terminés, il réglera l'ardeur du foyer suivant les besoins de la chaude, afin de donner au fer le temps de chauffer jusqu'au cœur; puis il retournera sa pièce assez souvent, en ayant soin de répandre, chaque fois, du sable fin: on sait, en effet, que le sable a pour action d'aider à liquéfier complètement le métal et, par conséquent, de le préserver contre le grillage presque inévitable en précipitant le laitier qui pourrait adhérer à la pièce.
Les procédés que nous venons d'indiquer sont ceux usités par les bons forgerons :
ils sont pratiques, facilement applicables et permettent de garantir la réussite d'une soudure.
L'apprêt de la soudure différant selon sa nature, nous examinerons dans une prochaine étude les moyens à employer suivant les cas qui peuvent se présenter : soudure en bout, à chaude portée; encollage en bout, à plat; réunion de plusieurs pièces à souder par la même chaude, enfin soudure d'une partie forte avec une partie faible.
La forge était la partie de la ferronnerie sur laquelle nos devanciers concentraient tous leurs efforts. Grâce à cette connaissance intime, ils apportaient une économie pratique et de temps dans leurs travaux : rinceaux soudés, au lieu d'être rapportés au moyen d'une rivure; trous percés à chaud, au poinçon; mortaises et tenons enlevés à la forge; feuillages et ornements étirés au feu et soudés ensuite.
Mais, nous le répétons, tous ces résultats étaient obtenus uniquement à la forge, c'est-à-dire sans le concours d'aucun mélange, d'aucune composition que, de nos jours, des ouvriers peu sûrs de leur expérience mettent en pratique lorsqu'il s'agit de soudures.
Sans renier les services que peuvent rendre ces procédés dans l'exécution de certains travaux, nous en déplorons l'usage appliqué d'une manière générale.

LE FER

fer forgé
Si l'architecture française parvient à s'affranchir des formules surannées, si répudiant les essais d'imitation qui entravent sa marche depuis un siècle, elle reprend nos vieilles traditions de sincérité et de logique; si elle sort des abstractions pour rentrer dans la réalité, c'est au fer qu'elle en est redevable. Aussi souhaité-je volontiers la bienvenue à cette Revue de la Ferronnerie qui, je l'espère, ne restera pas spécialisée dans les travaux de décoration pure, mais saura comprendre dans les études de ferronnerie ancienne et moderne toute tentative originale, toute œuvre capable de contribuer au progrès de l'art français.

Bien que le travail des métaux, et notamment du fer, remonte à la plus haute antiquité, il ne semble pas que la ferronnerie, telle que nous la comprenons aujourd'hui, ait eu dans l'art égyptien, dans l'art assyrien ou dans l'art grec, des applications très étendues. Sans doute, nos musées renferment un certain nombre d'objets usuels fabriqués avec une véritable habileté et attestant tout au moins la connaissance des procédés que nous employons actuellement. Les monuments grecs de la plus belle époque sont encore là pour témoigner de la science des architectes concernant l'emploi du fer, et de la dextérité des ouvriers chargés de forger un chaînage tel que celui dont j'ai reconnu dernièrement l'existence sous l'assise de socle de l'Erechthéion, ou des crampons en forme de double T et des tenons tels que ceux qui, noyés dans un scellement de plomb, rendaient solidaires les assises juxtaposées ou superposées du Parthénon. Mais parmi les nombreux objets recueillis dans les fouilles, soit que le fer ait été plus rapidement détruit que les autres métaux, soit qu'il ait été réellement moins employé, les ouvrages de ferronnerie sont extrêmement rares, et je n'en connais pas qu'on puisse attribuer avec certitude au siècle de Périclès.

Évidemment les architectes grecs appréciaient comme il convient les qualités du fer, sa ductilité, sa résistance aux divers efforts de compression, d'extension ou de flexion, puisqu'ils l'ont employé, à l'exclusion du bronze, pour les armatures de tous leurs monuments de marbre; niais là paraît s'être borné l'emploi du fer dans l'architecture antique.
Le bronze, la matière plastique par excellence, se prêtait mieux que le fer aux créations du sculpteur, et lorsque Fart romain emprunta à l'art grec abâtardi ses méthodes et ses formes, c'est encore le bronze qui prévalut et dont l'emploi se généralisa. On est même à peu près certain, lorsqu'on trouve une armature de bronze dans un monument grec de belle époque, qu'elle accuse une réparation d'époque romaine.
C'est au moment où se forment les civilisations occidentales que le fer ouvré reparaît et dès l'époque mérovingienne, ainsi que l'atteste le mobilier funéraire des tombes explorées, le fer, parfois damasquiné d'argent, est façonné, non seulement pour les armes, mais pour la parure des Francs. Ici, ce sont des plaques de ceinture
aux fermoirs élégamment découpés; là, ce sont des colliers ou des bracelets et à côté, des bijoux, des objets usuels trouvés en grand nombre démontrent que le fer n'a cessé d'être employé par l'homme aussi bien que le cuivre, sans qu'il soit possible d'assigner à tel ou tel métal l'antériorité sur un autre.
Dès la formation de nos écoles provinciales, le fer se manifeste à nous sur les monuments les plus anciens. Le voici appliqué, sous forme de pentures à enroulements élégants, aux vieilles portes d'églises; le voici employé seul en ingénieuses combinaisons de spires enlacées et répétées symétriquement à la grille du cloître de la cathédrale du Puy. Du XIe au XVIe siècle, la ferronnerie française a produit les plus élégants coffrets, les plus brillantes armes, les plus beaux landiers, les plus gracieuses consoles, poussant jusqu'à la perfection l'art de forger, d'estamper, de relever au marteau ou de ciseler le métal.

L'art de la ferronnerie est demeuré même au XVe et au XVIIe siècle un art bien original et bien français, ainsi qu'en témoignent les rampes et les balcons de nos vieux hôtels et surtout les admirables grilles de Nancy.
L'industrie du fer, un peu abandonnée au commencement de ce siècle,  réduite encore à des assemblages rudimentaires, s'est ressaisie au moment où, grâce à l'initiative d'Henri Labrouste et de Viollet-le-Duc, on a compris qu'on pouvait, sans déroger aux convenances artistiques, laisser le fer «apparent», comme le bois ou la pierre et traiter ce métal non comme une matière ingrate qu'on dissimule quoique indispensable, mais comme une matière vraiment belle, que l'industrie nous révélait tout d'un coup capable de répondre aux conceptions les plus grandioses : il fallait seulement en trouver les formes, puisque jamais, ni dans l'antiquité ni dans les temps modernes, le fer n'avait été employé dans les dimensions pour ainsi dire illimitées que peut fournir la métallurgie.

C'est là que commence une série de malentendus qui ont retardé les progrès du fer dans l'architecture. Ainsi qu'il arrive, les apôtres du métal non pas nouveau, mais employé à de nouveaux usages, ont prétendu faire des constructions entièrement métalliques, comme si, à aucune époque, un édifice avait jamais admis l'emploi d'une matière unique à l'exclusion de toute autre.

Les autres, n'acceptant le fer qu'à contre-cœur, ont affirmé que par suite de sa gracilité il ne pouvait se prêter à des combinaisons artistiques, et ils ont accusé le métal de l'impuissance de leur cerveau et de leur main.
D'autres enfin, tout en reconnaissant la possibilité d'utiliser le métal sans le dissimuler, ont, suivant la tradition de l'enseignement classique, voulu lui imposer les formes que les Grecs avaient créées pour la pierre et pour le marbre, et nous avons vu des colonnes en fonte à cannelures, avec chapiteaux corinthiens, bases attiques et le reste, portant des arcs en tôle et cornières, et utilisées à la fois comme supports ou comme tuyaux de descente, comme si l'une dés fonctions n'excluait pas l'autre.
Aussi lorsque, pour nos Expositions universelles, il s'est agi de couvrir de vastes espaces par des charpentes métalliques, l'ingénieur, non artiste, avait devancé l'architecte. On établissait à grands frais des charpentes solides sans doute, mais souvent absurdes au point de vue de la forme, et on chargeait ensuite l'architecte d'habiller à l'aide de carton-pâte ou de staff cette carcasse informe. Une œuvre vraiment digne de ce nom a-t-elle jamais pu être le résultat d'une conception ainsi divisée entre un constructeur et un décorateur? N'est-elle pas évidemment le fruit d'une conception unique, et les monuments romains, dépouillés de leurs placages, ne sont-ils pas là pour nous montrer ce que vaut le défaut d'unité résultant de la séparation de la structure et de la forme?

Ces malentendus ne datent que d'hier, et s'ils subsistent encore, c'est qu'on n'a pas su reconnaître la double lacune de l'enseignement artistique et de l'enseignement scientifique. Comment créer une forme si l'on manque de connaissances scientifiques pour la vérifier par le calcul? Comment, d'autre part, prétendre créer une forme par le calcul seul? Lorsqu'on aura complété l'enseignement scientifique de l'architecte et l'enseignement artistique de l'ingénieur, les malentendus cesseront et les formes appropriées au fer seront bientôt trouvées.

La Revue de la Ferronnerie n'entend pas, j'en suis sûr, limiter son action aux études de composition décorative. Il y a plus et mieux à faire aujourd'hui en cherchant, à l'aide d'exemples bien choisis, la voie à suivre et les progrès à réaliser. Je ne doute pas que la Revue ne s'y emploie, et c'est pour cela que je lui souhaite, pendant qu'il en est temps encore, bonne et longue vie.